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03/12/2011

Ces femmes et ces hommes qui ont aimé l'Aude : la chronique biographique de Gérard Jean.

Chronique n° 23.jpgGuillaume Joseph Roux-Peyrusse, dit le baron Peyrusse
Président de la Société des arts et des sciences, maire de Carcassonne.Conseiller général de l’Aude. Trésorier général de la Couronne.Intendant de Napoléon sur l’île d’Elbe. Commandeur de la Légion d’honneur.

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Le 16 juin 2011, l'association des Amis de la Ville et de la Cité fit apposer une plaque commémorative sur la tombe de Guillaume Joseph Roux-Peyrusse qui repose au cimetière Saint-Vincent de Carcassonne.

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Bien peu d’hommes, appelés par l’existence à un grand destin national, auront aimé le département de l’Aude - et plus encore la ville de Carcassonne - mieux que ne le fit Guillaume Joseph Peyrusse, qui accolera plus tard à son patronyme, le nom marital de sa bisaïeule Catherine Roux, comme l’avaient fait ses ancêtres, notamment pour être distingué de son gendre Augustin Cornet-Peyrusse.
Napoléon 1er avait pris en très haute estime Guillaume Joseph ; il en fit le trésorier de sa maison et mit en lui toute sa confiance, avant de le dévoyer par une accusation terriblement injuste, couchée sur son testament. Il l’appelait : Monsieur le baron Peyrusse, avec un accent corse et une curieuse intonation toute méridionale, dont s’amusait bien souvent le dernier carré des généraux de l’Empereur, sur l’île d’Elbe.
Guillaume Joseph naît à Carcassonne, le 14 juin 1776, dans le quartier de l’église Saint-Vincent où il est baptisé, dans la paroisse où il exercera vers la fin de sa vie les fonctions de marguillier. Son père, Dominique Peyrusse, est un riche bourgeois, l’un des plus imposés, qui fut consul de la ville en 1769 ; sa mère, Anne Pascal, n’est autre que la fille du propriétaire de la florissante manufacture royale de draps à Montolieu. C’est le plus jeune des huit enfants d’une famille nombreuse.
Soldat dans l'armée des Pyrénées-Orientales.
Sa jeunesse pouvait être dorée ; cependant, à dix-sept ans, il s’enrôle comme volontaire dans la compagnie des chasseurs du 4e bataillon de l’Aude, pour servir comme soldat ou comme secrétaire d’état-major, dans l’armée des Pyrénées-Orientales. Il n’est pas d’un tempérament guerrier ; son état de santé sera longtemps précaire, si bien qu’il tombe malade et se fait renvoyer dans son foyer, le 24 juillet 1800. Qui ce jour-là, pouvait croire dans son entourage, à l’exceptionnelle destinée de l’un des plus célèbres sujets de la Couronne, natifs de Carcassonne !
De retour au pays de son enfance, il va à Montolieu occuper pendant cinq ans, un emploi de commis au sein de l’importante et prospère usine familiale. Bénéficiaire des relations excellentes que ses grands frères André et Louis Vincent entretiennent dans l’administration des Finances, il deviendra rapidement le puissant homme lige indispensable au génie militaire de Napoléon 1er.
Trésorier payeur de la grande Armée, pendant les campagnes de Russie, de Saxe et de France.
Le 2 octobre 1805, Guillaume Joseph Peyrusse est employé du Trésor de la Couronne. Dès lors, d’une fonction subalterne, il accédera aux plus hautes responsabilités du quartier militaire. En 1809, il effectue la campagne d’Autriche, puis devient, insigne honneur, payeur de l’ambassade extraordinaire chargée d’aller recevoir la future impératrice Marie-Louise à Braunau, une petite ville située sur la frontière austro-allemande. Nommé chef de la comptabilité des recettes du Trésor le 20 février 1810, il est trésorier payeur de la grande Armée pendant les campagnes de Russie, de Saxe et de France.
Après le traité de Fontainebleau il suit Napoléon, souverain de l’île d’Elbe. En qualité d’intendant général et de trésorier personnel de l’Empereur, il possède la haute main sur les revenus et les recettes du petit royaume ; c’est en quelque sorte le ministre des Finances. De retour en France avec lui, il sera nommé trésorier général de la Couronne, puis fait baron de l’Empire, le 27 mars 1815, enfin officier de la Légion d’honneur.
Après Waterloo, à la fin des Cent-Jours, à l’heure même où Louis XVIII revenait aux Tuileries, Peyrusse abandonne l’homme qui avait subjugué le monde. Il rejoint sa ville natale où il vivra, soit dans la maison paternelle, soit dans son domaine de Lassac sur la commune de Limousis, jusqu’au dernier jour de sa longue existence. Il avait écrit ses souvenirs et noté ses impressions dans un journal qu’il actualisait après chaque campagne ; il entretenait apparemment une abondante correspondance avec son frère André. Depuis 1869, la Bibliothèque publique et le Musée des beaux-arts de Carcassonne conservent la donation de son gendre, faite d’archives et d’objets contemporains de l’empereur des Français qui les a tenu de ses mains. Une partie non négligeable de l’histoire du premier Empire appartient aux Audois.
Le 2 décembre 1818, Guillaume Joseph Peyrusse prend pour épouse Marie Ambroisine Eugénie Cabal, originaire du village de Roujan dans l’Hérault. De cette union naîtra Louise, sa fille unique, qui épousera un enfant adoptif de Carcassonne : l’ingénieur Augustin Cornet-Peyrusse.
Mis en cause par le testament de Napoléon daté du 24 avril 1821 ; puis accusé à tort d’avoir détourné à son profit des sommes considérables, il s’efforce de mettre de l’ordre dans ses papiers pour justifier ses comptes auprès des exécuteurs testamentaires. Pour sa défense, il rédige en 1829 un Mémoire, qui sera publié quarante ans plus tard à titre posthume par son beau-fils, sous le titre : Mémorial et Archives de M. le Baron Peyrusse, Trésorier général de la Couronne pendant les Cent-Jours - Vienne-Moscou-Île d’Elbe - 1809-1815.
Durant la Restauration, il participe à la vie mondaine de Carcassonne ; en 1827, il est du nombre des fondateurs du célèbre Cercle du Salon. La Monarchie de Juillet lui permet de reprendre des activités publiques. Le 21 juin 1831, le roi Louis-Philippe le nomme sous-intendant militaire.
Maire de Carcassonne.
Président de la Caisse d’Épargne ; il entame également une carrière politique. D’abord élu conseiller municipal, le 13 septembre 1831, il sera nommé maire de Carcassonne le 12 décembre 1832 par Louis-Philippe. Renouvelé dans ses fonctions par ordonnance royale du 12 septembre 1835, il est vivement attaqué par l’opposition qui le contraint à démissionner pour laisser son siège, le 5 novembre 1835, à Jean-Louis Sarrand.
Guillaume Peyrusse sera également conseiller général de l’Aude, de 1833 à 1842. Le 19 avril 1847, il marie sa fille Louise avec Augustin Cornet natif de la Haute-Marne, dont le père est directeur des contributions directes à Saint-Dizier, la ville où précisément il a été admis pour la première fois dans l’ordre royal de la Légion d’honneur, trente trois ans auparavant.
Peyrusse restera tourmenté jusqu’à la fin de sa vie par l’ignoble accusation posthume dont il eut à souffrir. Il n’aura de cesse de retrouver la considération publique que lui avait fait perdre Napoléon Bonaparte, qu’il avait pourtant servi fidèlement et loyalement, jusque dans l’adversité suivie d’exil. 
Commandeur de la Légion d'honneur et président de la Société des arts et des sciences de Carcassonne. 
Reçu et entendu par Napoléon III, qui était de passage à Carcassonne le 3 octobre 1852, il sera finalement lavé de toute suspicion, avant d’être élevé par décret à la dignité de commandeur de la Légion d’honneur, le 1er juillet 1853.
Le 3 janvier 1858, il est installé au fauteuil de la présidence, afin de veiller aux soins de la Société des arts et des sciences de Carcassonne. Heureuse curiosité de sa destinée ! C’est à cette fonction qu’il sera conduit à rencontrer le fils du baron de la Bouillerie, son prédécesseur qui fut comme lui, trésorier général de la Couronne. En effet, Monseigneur François Alexandre Rollet de la Bouillerie fut évêque du diocèse de Carcassonne, depuis 1855, jusqu’en 1873.
Le baron Guillaume Peyrusse s’éteint dans sa ville natale à l’âge très respectable de 84 ans, le 27 mai 1860, dans son hôtel particulier situé dans la Grand’Rue, au numéro 62. Son corps repose au cimetière de Saint-Vincent ; près du lieu où dorment aussi pour l’éternité, sa femme, sa fille et son beau-fils Augustin Cornet-Peyrusse ; mais trop loin de son autre cœur chéri, celui de l’empereur Napoléon 1er, qui lui avait pris son honneur d’homme souverainement intègre, après avoir accaparé sa vie d’enfant de l’Aude.
Le 16 juin 2011, à l’initiative d’Alain Pignon, de l’abbé Jean Cazaux, de l’Association des amis de la Ville et de la Cité, à laquelle s’était associée l’Académie des arts et des sciences, une plaque commémorative fut apposée sur la tombe de l’ancien maire de Carcassonne à côté de ses armoiries parlantes : « D’argent à l’île au naturel, baignée par une mer du même, au chef d’azur, à la clef d’or, au franc quartier d’officier de la maison de l’Empereur ». L’Île d’Elbe, et la clef du trésor impérial sont là pour rappeler aux Carcassonnais, à jamais gravées dans la pierre, la mémoire de Guillaume Joseph Roux-Peyrusse.  

Gérard JEAN 

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Armes parlantes du baron Peyrusse gravées sur la pierre tombale. 

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Portrait de Guillaume Joseph Peyrusse.

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