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23/01/2013

Gérard Jean reçu simultanément dans les ordres des Palmes académiques, des Arts et des Lettres, de la Jeunesse et des Sports, le mercredi 23 janvier 2013.

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Allocution du philosophe Henri Callat.Décorations - 011 - 2013.01.23.jpg
Monsieur Jacques Miquel remet l'insigne des Palmes Académiques.Décorations - 012 - 2013.01.23.jpg
Félicitations de Monsieur Arnaud Ramière de Fortanier, après la remise de l'insigne des Arts et des Lettres.

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Madame Annette Eychenne vient de remettre l'insigne de la Jeunesse et des Sports.
Regards complices entre deux anciens sportifs de haut niveau.Académie des arts et des sciences de Carcassonne,Gérard Jean,Palmes académiques,chevalier des Arts et des Lettres,Médaille d'or de la Jeunesse et des Sports

Allocution de Monsieur Henri Callat

 

 Très Cher Collègue et Ami !

 

En l'An de Grâce 1785 – si ma mémoire philosophique ne me trahit pas – un certain Emmanuel Kant, dans un grand classique de la philosophie idéaliste allemande, « Fondements de la métaphysique des mœurs », écrivait ces lignes :

 

« Tout a, ou bien un prix, ou bien une dignité. On peut remplacer ce qui a un prix par son équivalent ; en revanche, ce qui n'a pas de prix, et donc d'équivalent, c'est ce qui possède une dignité ».

 

Au terme d'un regard hâtivement jeté sur votre parcours de vie, Cher Collègue et Ami, il m'apparaît évident, parlant de vous, que je ne puis m'en tenir qu'au seul registre de la dignité !

Kant aurait dit que vous n'avez pas d'équivalent et voilà pourquoi il était urgent de le re-connaître en vous distinguant dans un monde où l'interchangeable, le médiocre et le banal occultent trop souvent ce qui est précieux, et donc ce qui n'a pas de prix !

En effet, cinquante deux années d'activités bénévoles entièrement consacrées à l'enseignement de la Jeunesse, au Sport, à la Culture et à la gestion de la Vie associative me laissent à la fois admiratif et perplexe : quel temps a-t-il pu vous rester pour vous occuper encore de vous-même, de vos enfants, de votre chère épouse, Martine ?

Je pense que les honneurs qui aujourd'hui vous atteignent, à eux seuls, répondent à ma question : votre horizon individuel, je le vois d'ici, se confond finalement avec l'horizon de tous et le fameux « je est un autre » d'Arthur Rimbaud convient parfaitement à la définition de votre identité profonde.

Il est en effet rarissime qu'une telle moisson de récompenses converge sur une personnalité en un laps de temps aussi court. C'est que, peut-être, tous ceux qui, pendant si longtemps, bénéficièrent de votre générosité, ne purent, à un moment donné, que parler d'une seule voix.

Cette unanimité et cet empressement à dire qui vous êtes signent déjà, j'en ai la conviction, la très longue liste de vos qualités.

 

*****

**

 Vous avez souhaité qu'à votre occasion j'aborde aussi et surtout cette belle démarche du Bénévolat qui fut au cœur de vos engagements humains.

Je pourrais me livrer, en évoquant votre « curriculum vitæ » à une longue énumération d'activités aussi variées que non rémunérées, et j'insiste bien sur ces deux aspects de votre engagement. Je ne citerai que les plus significatives, les plus emblématiques !

 

Je vous ai rencontré d’abord… c’était un vendredi… après la fin des cours du collège. Le vendredi 13 janvier 1961. Il y a - presque de date à date - exactement cinquante deux ans. Vous veniez d’avoir quinze ans ! Ce jour-là, très jeune secrétaire général, vous sortiez des bureaux de la sous-préfecture de Limoux où vous étiez venu déposer les statuts constitutifs du club de judo local. Vous signiez ainsi l’engagement bénévole d’un demi-siècle, consacré au mouvement associatif français et au service désintéressé de vos concitoyens.

 

Je vous vois plus tard, en 1968, lorsque trésorier, vous fondez le Comité départemental de l’Aude de Judo ; en 1973, quand vous faisiez naître avec vos collègues, le Comité régional olympique Languedoc-Roussillon, alors que vous présidiez déjà aux destinées du Sporting-Club Limouxin et de ses vingt-cinq section sportives. En 1979, le jour même de sa création, vous devenez secrétaire général du Comité départemental de l’Aude de Ski, vous secondez ensuite dans leur administration, le Comité de l’Aude de Handball et la ligue régionale de Natation.

 

Le Sport et l’Enseignement furent au rendez-vous quasi privilégié de votre conception du bénévolat. Je vous retrouve donc comme nageur de grand fond, sportif de haut niveau, alors que vous venez de consacrer trente ans de votre existence à la formation de la jeunesse en milieu scolaire, universitaire, associatif. Vous luttez contre l’illettrisme, vous encouragez la lecture, vous créez des bibliothèques, vous apprenez les moyens de défense aux fonctionnaires de police, vous initiez les professeurs d’éducation physique au sport nouveau qu’ils découvrent.

 

Et comment ne pas souligner, précurseur de ce qu'on appellerait aujourd'hui la parité, votre difficile combat pour obtenir l'autorisation de faire participer entre elles, pour la première fois en France à titre exceptionnel, les féminines aux compétitions de Judo ? C'était en 1965. Ainsi on ne pourra pas dire que le grand séisme de 1968 vous ait pris au dépourvu !

 

Je crois avoir deviné qu’elle a été la fierté de votre vie ! Certainement celle d’avoir fondé au plan national, puis développé partout en France à partir de 1975, le réseau des Centres d’Information Documentation Jeunesse.

 

Je vous retrouve également au fond du creuset de la Culture, à des fonctions qui augurent bien déjà de l'orientation que vous souhaitiez donner à votre bénévolat unanimement reconnu et couronné le 10 février 2000, par votre élection comme membre résidant de l'Académie des Arts et Sciences de Carcassonne, dont vous assumez aujourd’hui la présidence.

 

Auteur de nombreuses recherches à caractère historique, insérées dans une trentaine de publications, de quelques monographies, d’importantes biographies, vous consacrez maintenant l’essentiel de vos travaux à la mise à jour du Dictionnaire encyclopédique de l’Aude ainsi qu’à la Bibliographie générale de ce département. 

   

*****

**

 

Sur toutes ces activités que je viens sommairement de rappeler, vous me permettrez de porter un jugement de valeur.

J'ai mis cette brève intervention sous le regard de Kant dont votre vie traduit remarquablement la morale de la dignité.

Sans aucune complaisance sur la réalité anthropologique de nos sociétés, un autre grand penseur - il s'agit maintenant de notre Blaise Pascal - nous livre l'une de ses Pensées les plus profondes :

 

« N'ayant pu faire que ce qui est juste soit fort, on a fait que ce qui est fort soit juste ».

 

Il n'est qu'à regarder la marche du monde autour de nous pour nous convaincre hélas ! de son hypocrite actualité !

 

Eh bien vous avez fait mentir Pascal !

 

En effet vous auriez pu fort bien vous en tenir à cette conception disons misérabiliste du Bénévolat et l'identifier, comme on le fait trop souvent, à la seule démarche caritative essentiellement faite de compassion et de pitié ; ç'eut été déjà une très grande chose.  

Mais pour vous ce ne fut pas le cas. Ce piège de l'action humanitaire, vous l'avez évité et pour parler encore comme Pascal, vous avez en permanence fait le départ entre sa « grandeur » et sa « misère » toujours possible.

 

Dans le parcours de vie que je viens trop rapidement de retracer, on vous trouve toujours partout où l'homme tente de se redresser et d'affronter le destin ; vous l'aidez à devenir libre et autonome : le Sport pour vous, ça n'a jamais été celui de la compétition généralisée et de l'argent qui trop souvent aujourd'hui, pour ne pas dire toujours, l'accompagnent et le trahissent à la fois.

 

Ce que je viens de dire de votre présence bénévole en milieu sportif démontre que pour vous la rencontre authentique, le divertissement sain et gratuit, l'émulation entre per-sonnes et non la concurrence et la guerre de tous contre tous, ont été les fils directeurs d'une conception humaniste et « civilisationnelle » de cette activité. Vous avez tenté de promouvoir la belle idée que dans une rencontre sportive l'essentiel n'est pas de gagner contre les autres, mais de se dépasser soi-même avec, et à l'occasion des autres !

 

Vous auriez pu faire dire à votre élève, ce qu'Albert Jacquard entre autres, fait dire au sien dans le dialogue imaginé avec le premier de la classe : - ici celui qui occupe glorieusement le sommet du podium - « merci, parce que grâce à toi, je suis devenu meilleur que je n'étais ; personne n'a gagné parce que tous se sont entraidés ! ».

 

Quant à la Culture, ce fourre-tout contemporain de toutes nos ignorances, comme la définit fort bien un éminent sociologue, elle n'a jamais été pour vous celle de l'apparence et du clinquant, ou de la lourde érudition des prisonniers du court terme, aveugles sur les devenirs et les avenirs, obsédés par le passé révolu. Trop de nos compatriotes hélas ! victimes d'une tragique absence de perspectives historiques, se réfugient aujourd'hui peureusement et paresseusement dans la pseudo culture-rétroviseur d'un passé faussement idéalisé.

Il paraît qu'il n'y aurait rien de nouveau sous le soleil ! Cette fausse sagesse n'a jamais été la vôtre. « Demain » fut toujours votre boussole dans une conception de la Culture totalement étrangère à ces banalités.

Tout au contraire, vous appelez culture authentique ce qui enrichit constamment la pensée en reliant toujours le constat et l'érudition aux finalités sociales et humaines sans lesquelles les mots et la vie perdent leur sens.

Dans le grand désarroi culturel et moral de notre époque on cherche partout des « repères ». Les vôtres vous les avez inventés en inventant chaque jour votre propre route : « Caminante no hay camino, se hace el camino al andar ». Est-il utile de traduire à Carcassonne ces propos d'Antonio Machado le grand poète républicain espagnol qui nous parle toujours de sa tombe de Collioure ? « Ô toi qui marches, il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant ».

Les vrais « repères » sont ceux qui émergent depuis toujours de l'histoire de nos savoirs, de notre science et de la philosophie qui les accompagne, les traduit et les interprète.

« Ce qui nous fait le plus défaut, écrit Edgar Morin, ce n'est pas ce que nous ignorons, mais l'aptitude à penser ce que nous savons », c'est-à-dire notre santé intellectuelle et morale accompagnée de la joie spinoziste la « lætitia » de ceux qui vivent comme ils pensent et comme ils savent !

 

Quant à l'Enseignement  ce fut très certainement votre plus beau titre de gloire. Je ne re-viendrai pas sur ce qui vient d'être dit. J'invoquerai Victor Hugo pour qui : « ouvrir une école, c'est fermer une prison ».

Vous n'avez pas cédé devant le doute, l'agnosticisme ou la dérision de ceux qui vont aujourd'hui prétendant le contraire, parce qu'avec Victor Hugo, vous avez certainement lu Jaurès, notre grand Jaurès qui, s'adressant à ses collègues, par une belle soirée de juillet 1903, au Lycée d'Albi, à l'occasion de la traditionnelle distribution des prix, leur déclarait : « On n'enseigne pas ce qu'on sait, mais ce qu'on est » !

 

Votre savoir, Cher Collègue, est certainement grand, mais pour ne pas faire erreur je l'apprécierai à l'aune de votre vie.

Souffrez donc qu'encore, pour terminer mon propos, je fasse appel à un autre Grand de la pensée humaine dans le registre de la dignité que je n'ai pas quitté depuis le début : « Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur » !

Ainsi s'exprimait Beaumarchais s'adressant aux puissants du jour.

Comme moi vous n'appartenez pas à cette catégorie sociale pour qui l'Humanité, comme on dit aujourd'hui, n'est qu'une banale « variable d'ajustement » au monde de leur Inhumanité foncière !

Et voilà pourquoi le blâme - très sévère - que je vais vous décerner n'en aura que plus de valeur : il s'adresse à votre modestie, à votre discrétion, à votre efficacité, à votre total désintéressement dans les actions et la vie qui fut... qui est toujours la vôtre. C'est la vraie parole des hommes libres dans laquelle, avec Victor Hugo, nous pouvons tous nous reconnaître :

 

 « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont

Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front.

Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime.

Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime. »

 

 Je souhaite que cette liberté que je viens de prendre à votre endroit transforme cet éloge – ô combien mérité – en leçon pour ceux qui l'entendent et surtout pour ceux qui vont venir après nous.

 

Carcassonne, le 23 janvier 2013

Henri Callat
Philosophe
Sociétaire de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne.

 

Allocution de Monsieur Jacques Charpentier

Monsieur le Président,
Cher Gérard Jean,

Il y a de nombreuses semaines vous m’avez demandé de vous remettre la médaille de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres dans lequel vous avez été promu le 20 avril 2012. J’ai immédiatement accepté l’honneur de vous remettre cette belle médaille d’un Ordre auquel je suis particulièrement attaché.

C’était sans compter les infortunes de ma santé qui me tiennent aujourd’hui éloigné de vous ainsi que des membres de notre Académie et de tous vos amis.

Que mon absence soit, si possible, pardonnée par vous-même et par tous nos collègues ici présents.

Je tiens à remercier Arnaud Ramière de Fortanier d’avoir accepté de prêter sa voix à ces quelques lignes d’éloges et de vous recevoir au sein de l’Ordre des Arts et des Lettres.

À la lecture de votre biographie on reste impressionné par la multiplicité et la richesse des actions que vous avez menées toute votre vie en faveur de l’action culturelle, de l’action sportive, de l’action enseignante et pour couronner ce brillant ensemble des lourdes responsabilités que vous avez acceptées en devenant l’actuel Président de l’académie des Arts et des Sciences de Carcassonne.

Je vous dois une confidence : depuis plus d’un demi-siècle j’habite Carcassonne et c’est seulement à la publication de votre érudit et passionnant Dictionnaire encyclopédique de l’Aude, paru en 2010, que j’ai découvert l’existence de l’Académie des Arts et des Sciences de Carcassonne, à laquelle je suis fier d’appartenir aujourd’hui.

Vous avez donc été pour cette Académie séculaire celui qui allait la réveiller, bravo et un profond merci pour nous tous.

En effet notre Académie était une sorte de princesse endormie que tel un prince vous avez réveillée pour le plus grand bien des Arts et des Sciences, c'est-à-dire pour l’ensemble de la culture dans l’Aude. Un grand et profond merci d’avoir réalisé ce qui semble être ici une sorte de miracle en mouvement. Il va falloir, malgré les inévitables difficultés, que cet éveil s’épanouisse de plus en plus, grâce à la qualité de ses membres et à celle des travaux présentés.

Avant que vous soit remis cette jeune et belle décoration, créée le 2 mai 1957 sous la présidence de René Coty, sachez qu’avec les Palmes Académiques, le Mérite Agricole et le Mérite Maritime, elle échappera à la disparition de tous les autres ordres ministériels en 1963 par décision du Général de Gaulle qui instituera l’Ordre National du Mérite.

Sachez enfin que cette médaille comporte une singularité : celle d’être la seule décoration française dont l’effigie de la République soit placée à son revers. 

Sans doute on a voulu suggérer que, dans la communauté humaine, l’universalité des Arts et des Lettres est telle qu’elle se répand bien au-delà des limites administratives qui l’ont vu naître.

En vous félicitant d’entrer dans cet Ordre des Arts et des Lettres, dont André Malraux a dit qu’il était «  respecté et envié par tous les artistes, les écrivains et les créateurs », je vous souhaite de tout cœur, à l’exemple de cette médaille, de pouvoir faire rayonner l’Académie des Arts et des sciences de Carcassonne dans notre belle ville et bien au-delà : « Urbi et Orbi. »

Carcassonne, le 23 janvier 2013
Jacques Charpentier
Officier de la Légion d'honneur
Commandeur de l'Ordre national du Mérite
Commandeur des Arts et des Lettres
Officier des Palmes académiques
Sociétaire de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne.

Allocution de Monsieur Arnaud Ramière de Fortanier

Monsieur le Président et cher Confrère,

Vous m’avez demandé de vous remettre les insignes de chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en lieu et place de notre compatriote, Monsieur Jacques Charpentier qui est souffrant.

C’est avec beaucoup d’humilité que je vais lire le texte qu’il a soigneusement préparé pour cette cérémonie à laquelle il attache une grande importance ; nous connaissons tous Jacques Charpentier qui est un de nos grands musiciens contemporains, organiste, ancien directeur de la Musique au ministère de la Culture et de la Communication, puis directeur général du conservatoire de Musique de la ville de Nice, professeur de composition, compositeur par exemple d’une Messe pour tous les temps comme d’un opéra en langue d’Oc : Béatrix. Officier de la Légion d’honneur, il est commandeur des Arts et des Lettres.

Je ne me substituerai pas à lui, mais je ne puis m’empêcher de joindre mes plus sincères félicitations au bouquet d’hommages de ce soir, relevant en tout premier lieu le travail de bénédictin dont vous êtes venu à bout en pas moins de dix ans : cet extraordinaire et incontournable Dictionnaire encyclopédique de l’Aude en deux gros volumes publiés sous les auspices de l’Académie de Carcassonne alors présidée par Jean Fourié. À cet hommage académique je joindrai celui des deux Académies de province dont j’ai eu le privilège d’être un temps le président : celles de Marseille et de Versailles. J’apporte également, en voisin, l’hommage de la Société d’études scientifiques de l’Aude - la SESA - dont vous êtes membre depuis 1996.

Carcassonne, le 23 janvier 2013
Arnaud Ramière de Fortanier
Officier de l'Ordre national du Mérite
Officier des Arts et des Lettres
Chevalier des Palmes académiques

Inspecteur général honoraire des Archives de France
Président de la Société d'études scientifiques de l'Aude

Allocution de Monsieur Gérard Jean

 

Bien chers tous,

Très chers Collègues et Amis,

 

Lorsque je vous ai fait adresser vers la mi-décembre 2012, les invitations à vous rendre à cette bien sympathique cérémonie que vous avez organisé et qui m’honore, j’étais, je peux vous le confier aujourd’hui, un peu inquiet.

La presse, la télévision, la radio et même les réseaux sociaux via Internet, qui gouvernent maintenant notre existence, se déchaînaient pour annoncer la fin du monde proche, auquel nul d’entre-nous ne devait réchapper.

Je ne ressentais pas une angoisse personnelle puisque j’habite avec ma famille aux portes de la Haute Vallée de l’Aude, dans un lieu relativement proche à vol d’oiseau du fameux petit village de Bugarach, qui pouvait suivant les prophéties être épargné par la grâce divine.

Mais j’étais effrayé à l’idée de perdre subitement mes chers collègues de l’Académie ainsi que mes nombreux amis de partout ailleurs. C’est donc avec beaucoup d’émotion, que je vous accueille sains et saufs, pour vous présenter ainsi qu’à vos proches, mes vœux sincères de bonheur, de joie et de prospérité, avec beaucoup de santé, pas mal d’esprit, un peu d’argent et de grands espoirs.

 

Le célèbre compositeur Jacques Charpentier, illustre sociétaire de notre Compagnie, lui-même commandeur, avait accepté avec un enthousiasme exceptionnel pour son grand âge, de me remettre l’insigne de chevalier des Arts et des Lettres. La maladie rare et cruelle qui l’affecte en a décidé autrement. Je vous charge de lui transmettre mes humbles remerciements et de lui rapporter toute l’émotion qui empreint cette petite cérémonie, malgré tout auréolée de son immense culture.

 

L’ordonnance de ce genre de jubilé, veut que l’on s’adresse d’abord aux membres de la famille, à ceux qui ont souffert de vos silences, de vos absences, de vos oublis, à ces monuments d’intérêt et d’indulgence, dont les fruits de l’amour habituels sont remplacés ici par le symbole de ces décorations.

 

Je dédie les insignes de chevalier des Palmes académiques, des Arts et des Lettres, de la Jeunesse et des Sports que je porte maintenant avec honneur et fierté, à ma famille, pour son soutien quotidien, et principalement à Martine mon épouse, dont j’ai usé à l’extrême la patience et les compétences. À mes fils, Patrick et Sylvain, à qui je crois avoir transmis les hautes valeurs de la morale, du travail et de la persévérance. À mes chers parents trop tôt disparus. À mes amis sportifs du monde entier que j’ai côtoyés et respectés dans l’effort. À mes éminents collègues de la culture, des arts, des sciences et des lettres, dont j’ai suivi l’exemple.

 

Une décoration, c’est un cœur que l’on a donné et que l’on vous restitue ! Plus gros, encore plus sensible aux heureux souvenirs de la vie, chargé de l’image indélébile de ce champion que vous avez hissé sur le podium de la gloire ; celle combien émouvante de l’élève qui double votre savoir et vous dépasse en virtuosité. C’est la fierté de cet enfant grandi, oublié depuis sa première année de collège, qui vient vous apporter comme un titre de reconnaissance sa thèse de doctorat ou son diplôme d’ingénieur.    

 

La décoration est une plaie d’où suinte les réminiscences d’expériences vouées au bien des autres, ces moments de joie suprême auxquels succèdent un profond découragement, ces instants de sublime bonheur, ces minutes de grande tristesse qui s’apaisent à force de volonté, de résistances contre l’ambition injuste, la jalousie, la médisance, dont usent depuis toujours nos détracteurs, les ennemis du bien-fondé.

 

Pour les militaires de la guerre, comme pour les civils de la paix, la décoration est une cicatrice, une trace de l’exploit ; un rappel du comportement exemplaire du vaillant qui la porte, gravée sur son corps ; ce peut être la marque physique d’une blessure de tranchée, celle d’un acte de courage, ou simplement l’empreinte du bien public souverainement reconnu par l’État.

 

Une cicatrice, comme une décoration se remarque, elle s’explore et se respecte !

 

Tenez, par exemple ! La prestigieuse distinction de l’ordre des Palmes académiques, la légion violette dit-on, reçue des mains de Monsieur Jacques Miquel, modèle de courtoisie, de compétence dans les arts de la musique et du théâtre, peut vous permettre d’imaginer une lutte incessante contre l’illettrisme, ou bien une victoire sur la délinquance. Au plus près, vous pouvez observer le défilé de cette admirable jeunesse formée pour être studieuse d’où sortira immanquablement la plus belle des vocations.

 

Le très bel insigne de l’ordre des Arts et des Lettres, créé par le célèbre ferronnier d’art, membre de l’Institut, Raymond Subes, que vient de me remettre Monsieur Arnaud Ramière de Fortanier, Inspecteur général honoraire des Archives de France, peut vous laisser comprendre qu’elles peuvent être ma douleur et ma tristesse de constater l’irresponsable atteinte violente portée contre l’intégrité de nos bibliothèques.            

 

Madame Annette Eychenne, gymnaste emblématique s’il en est dans ce département de l’Aude où elle travaille depuis une éternité pour la noble cause du sport, vient d’épingler sur ma veste la médaille d’or, la plus haute décoration, la plus respectable, évidemment la plus enviée dans le milieu associatif de la Jeunesse et des Sports. Puisse cet insigne, gage de haute valeur et d’intégrité, vous laisser entrevoir ma joie indicible à l’annonce du titre olympique obtenu par l’audoise championne Automne Pavia, quarante sept ans après le début de mes combats contre les peu visionnaires dirigeants de la Fédération française de Judo, qui ont mis trop de temps à concevoir, que les filles pouvaient accéder comme les garçons, au sport de haut niveau ainsi qu’à la compétition.

 

Pour terminer, il me reste à remercier, mais de la façon la plus chaleureuse, mon éminent collègue de l’Académie des arts et des sciences de Carcassonne - professeur honoraire de philosophie - qui a su traduire avec les mots superbes du savoir et de l’intelligence, mais avec la finesse nécessaire pour ne pas trop malmener ma réserve naturelle, le total désintéressement qui devrait être le nôtre, dans les actions comme dans la vie.

 

Merci à toutes, merci à vous tous venus parfois de très loin ! Votre présence est le signe d’une fidèle amitié que je me suis toujours efforcé de reconnaître et de conserver.

Cet Auditorium étant placé sous la sauvegarde des Monuments historiques, nous ne pouvons satisfaire de l’intérieur à nos besoins vitaux. La nourriture et les boissons seront servis dans une pièce annexe donnant sur le petit jardin de l’ancien collège des Jésuites.

Je vous y retrouve ! Mais avant je vous traduis en français la devise latine de l’ Académie : « le pain et le vêtement ne suffisent pas », sous entendu, la nourriture de l’esprit est aussi nécessaire !      

  

Carcassonne, le 23 janvier 2013
Gérard Jean
Chevalier des Palmes Académiques
Chevalier des Arts et des Lettres
Médaille d'Or de la Jeunesse et des Sports
Président de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne.

Commentaires

Félicitations à M. Gérard JEAN que je connais peu mais qui vu son "curriculum vitae" a amplement mérité ces distinctions de notre République.
Encore félicitations pour ce tir concentré d'étoiles du savoir, de la pédagogie et de la jeunesse.
Bien à vous.

Michel MOLHERAT

Écrit par : Michel Molherat | 29/01/2013

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