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29/03/2013

Communication de M. Henri Canal, du mercredi 10 avril 2013.

Plantes en plaines et coteaux du Garnaguès et de la Piège
Souvenirs de quelques guérisseurs anciens !

Monsieur Henri Canal

L'Académie des arts et des sciences de Carcassonne, Gérard Jean, son président, vous invitent à honorer de votre présence la communication publique, libre et gratuite, qui sera donnée le mercredi 10 avril 2013, à 17 heures, par Monsieur Henri Canal, docteur d'Etat ès-Lettres et Sciences humaines, docteur en Psychologie, Philosophie et Sociologie, sociétaire de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne, dans la salle habituelle des séances, à l'Auditorium - chapelle de l'ancien collège des Jésuites - rue des Etudes à Carcassonne. 

2013.04.10 - Invitation communication Canal.jpg

Au cours de la présente ascension, nous allons franchir une dénivellation argilo-calcaire abrupte, passant de 220 m. d'altitude à 370 m. Sur la bande d'échantillonnage qui va de Mariat-sur-l'Escaut, dans la plaine de Méras près de Belpech, au château d'eau de La Bastide de Couloumat, il a été possible d'examiner 135 plantes sauvages différentes. Partant de la plaine verdoyante, avec l'abondante végétation des bords de l'eau, elles escaladent des sommets de plus en plus arides.
Religieux ou non, les anciens guérisseurs de notre enfance connaissaient bien ces plantes indispensables et les prières qui les accompagnaient. Avec leurs mentalités, on y retrouve, par exemple, le curé de Belpech : Jean Baptiste Lartigue ; soeur Martine, de la Congrégation de la Sainte-Famille de Pezens ; un berger qui réparait les horloges, les corps et les âmes ; un autre paysan qui utilisait la radiesthésie et vivait près d'une "croix ronde" aux propriétés insolites... Ces pratiques allaient avec "les Secrets" des uns, les mixtures des autres, quelques sacrements d'exorcisme ou des désenvoutements plus laïques... Leurs procédés sont, autant que possible, expliqués, d'après leurs vieilles confidences et les résultats obtenus. 

28/03/2013

Christian Joubert, sociétaire de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne, vice-président de l'Association pour la sauvegarde et la mise en valeur de l'abbaye de Lagrasse, fait chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres.

Arts et Lettres.jpgMadame Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, élève au grade de chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres, par arrêté du 17 janvier 2013, M. Christian Joubert, sociétaire de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne, et par ailleurs, vice-président de l'Association pour la sauvegarde et la mise en valeur de l'abbaye de Lagrasse.

24/03/2013

Paul Lacombe, le testament musical d'un grand symphoniste français, par Martial Andrieu, sociétaire de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne.

Paul Lacombe
Le testament musical d'un grand symphoniste français
Martial Andrieu
183 pages sur papier bouffant, 6 photographies, 1 catalogue des oeuvres
Préface du compositeur Jacques Charpentier, sociétaire de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne.
16 € + 3,50 € de port par unité.

Paul Lacombe naît le 11 juillet 1837, à Carcassonne, dans une famille de commerçants ayant fait fortune dans le négoce et la fabrication de draps. Ses premiers pas en musique lui sont d'abord dispensés par sa mère, puis par François Teysseyre, fondateur de l'école municipale de Carcassonne. L'élève est extrêmement doué. Il se met en relation avec Georges Bizet qui décèle très vite en lui le talent d'un grand symphoniste. Cette révélation va se justifier par les nombreux succès qu'il obtiendra à la Société nationale de Musique, dont il fut un des noyaux primitifs avec ses amis Massenet, Fauré, Duparc et Saint-Saëns. Malgré leur insistance pour qu'il vienne s'installer à Paris, Lacombe préfère demeurer dans son pays natal. La postérité ne le lui pardonnera jamais, mais elle ne saurait être la seule responsable de cet oubli !

Paul Lacombe.jpg
Ouvrage disponible sur ebay.fr ou chez l'auteur : Martial Andrieu, 5, rue de la Brégère - 87100  Limoges.
Consultable à la bibliothèque de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne.

Martial Andrieu est surtout connu pour ses activités d'artiste lyrique au sein des opéras français. Il signe ici une biographie inédite consacrée à un compositeur méconnu, dont il a entrepris de réhabiliter la vie et l'oeuvre au moyen de concerts et de conférences. Dans le monde musical actuel, où la musique romantique française du dix-neuvième siècle est si peu valorisée dans les programmes des ensembles orchestraux, ce vrai défi, pour cet opiniâtre, n'est pas resté une gageure. 

21/03/2013

Le Rêve du laboureur, par Jean Esparbié, sociétaire de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne.

Jean Esparbié
Le Rêve du laboureur
Editions Acala

Rêve du Laboureur.jpg
Ouvrage disponible chez l'auteur.
Consultable à la bibliothèque de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne.

Jean Esparbié ressentit le besoin d'écrire bien avant l'adolescence. "Ceci venait de loin, dira-t-il, en tout cas d'ailleurs". Un être immatériel semblait du fond de lui, le pousser à raconter des choses de la vie. Il fit un long apprentissage au cours duquel il rencontra l'écrivain-paysan Michel Maurette. De l'amitié qui en résulta, Jean Esparbié écrivit de nombreux articles de presse sur son aîné, puis lui rendit hommage dans une plaquette intitulée du Sillon à la ligne. Au détour de son travail littéraire, Jean Esparbié évoque à nouveau l'auteur qui marqua son destin.

Né le 1er janvier 1949, à Castelnaudary, dans le Lauragais audois, Jean Esparbié rencontra Michel Maurette en novembre 1964.
Jean Esparbié publia :
Du Sillon à la ligne, Michel Maurette, étude publiée chez Gabelle à Carcassonne, avec le concours du Conseil général de l'Aude.
Les Matins resplendissants, à l'Amitié par le Livre.
Le Lapin blanc, aux éditions Acala.
Il publiera :
Les Vertes années.
Il prépare :
La Fille du Vent (récit)
Portes et Fenêtres (récits en vers)
Minuscules (courtes nouvelles).

19/03/2013

Le premier prix des Arts et des Sciences Joseph Poux est attribué à Bénédicte Bousquet, le deuxième prix à Julien Foltran.

Prix des Arts et des Sciences Joseph Poux
Palmarès 2012

Premier Prix : 2500 €
Mme Bénédicte Bousquet
L'abbaye de Lagrasse à la période moderne : hommes, patrimoine et pouvoirs (1501-1792).
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Madame Bénédicte Bousquet.Larguier Gilbert.jpg
M. Gilbert Larguier, directeur de thèse.

L'abbaye de Lagrasse est certainement l'un des sites les plus visités du département de l'Aude. Nombreux sont les érudits, les historiens et les archéologues qui se sont intéressés à ce prestigieux ensemble architectural et ont livré au grand public le résultat de leurs recherches. Toutefois, si le Moyen Âge a été plutôt bien traité, certaines périodes sont demeurées dans l'ombre. C'était le cas, tout au moins jusqu'à aujourd'hui, de la période moderne. Madame Bénédicte Bousquet a heureusement pallié cette carence en consacrant sa thèse de doctorat à ces siècles troublés, marqués par le développement du protestantisme, les guerres de religion et le renouveau catholique. En décernant le premier prix à Madame Bousquet, le Conseil général de l'Aude distingue un travail universitaire d'une réelle valeur scientifique. Le premier mérite de cette étude réside sans aucun doute dans l'exploitation intelligente que Madame Bousquet a su faire des riches sources documentaires dont nous disposions dans l'Aude, mais aussi dans les grandes institutions parisiennes. Et lorsqu'on connaît les difficultés paléographiques que doivent affronter les chercheurs qui travaillent sur le seizième et le début du dix-septième siècle, le mérite n'en est que plus grand. Cette thèse dresse un tableau très complet et bien argumenté de ce qu'était alors l'abbaye de Lagrasse, les transformations architecturales des bâtiments, la structure et l'évolution des modes de gestion du patrimoine. Mais l'apport essentiel de cette étude réside assurément dans l'intérêt porté à la communauté religieuse et aux hommes qui la constituent, à leur origine sociale, aux réseaux qu'ils entretiennent, à la manière dont ils s'intègrent dans le tissu social local, à leur implication dans la réforme mauriste ou à leur refus de celle-ci. Lagrasse est l'une des rares abbayes méridionales qui possède un fonds d'archives suffisamment riche pour donner lieu à une telle analyse. En conférant ce prix à Madame Bénédicte Bousquet, le Conseil général de l'Aude récompense un ouvrage de grande qualité qui non seulement éclaire un pan de notre histoire locale, mais ouvre également des perspectives bien plus larges pour notre connaissance de la vie religieuse du temps. Souhaitons qu'une publication rapide permette au plus grand nombre d'avoir accès à cette étude. 

 Deuxième Prix : 1000 €
M. Julien Foltran
Morphogenèse du bourg de Lagrasse, du Moyen-Âge à la fin de l'Ancien Régime.
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M. Julien Foltran.

Depuis 2007, avec le soutien du Conseil général, Lagrasse fait l'objet d'un Programme collectif de recherche, qui, réunissant historiens et archéologues, doit permettre de mieux appréhender l'évolution architecturale de l'abbaye, la replacer dans son contexte historique et ainsi faciliter la mise en valeur de ce patrimoine départemental. La recherche menée par Monsieur Foltran fut initiée dans le cadre de ce programme scientifique. Ce mémoire, d'une incontestable qualité scientifique, mérite pleinement le second prix qui lui est décerné aujourd'hui. Le sujet était ambitieux : il s'agissait de comprendre la morphogenèse du bourg de Lagrasse, c'est-à-dire d'analyser la manière dont le bourg s'est créé, dont il s'est mis en place matériellement (étude du bâti, du parcellaire, du réseau viaire), de voir aussi comment les habitants de ce bourg prennent conscience de constituer une communauté, solidaire et soucieuse de protéger ses intérêts. Les conclusions que tire Monsieur Foltran, au terme de deux années de travaux de recherches souvent difficiles et ingrats (dépouillement des sources fiscales et exploitation informatique, interprétation de vestiges archéologiques), ouvrent des perspectives intéressantes : un bourg construit et prospérant sous la protection de l'abbaye, son seigneur temporel, mais prenant son destin en main avec la naissance du consulat en 1287 ; un bourg, ouvert au monde extérieur, dont le dynamisme économique est tout à fait remarquable au début du quatorzième siècle, mais qui s'entoure de murailles et se replie sur lui-même après la chevauchée du Prince Noir en 1355. Ces résultats s'accompagnent d'un corpus de plans et de diagrammes qui mettent en évidence l'évolution de la trame urbaine. En accordant le deuxième prix à Monsieur Julien Foltran, le Conseil général récompense une étude d'un réel mérite et se réjouit de ce que de jeunes chercheurs fassent progresser, par leurs travaux universitaires, notre connaissance du département de l'Aude.

09/03/2013

Jean-Marie Besset, sociétaire de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne, se souvient de Jérôme Savary.

Jérome Savary
Né à Buenos Aires, le 27 juin 1942
Décédé à Levallois-Perret, le 4 mars 2013

C'est avec stupéfaction que nous venons, au théâtre des 13 vents, d'apprendre la disparition de Jérôme Savary. Il était un de ces hommes qui incarnait la vie, dont la truculence et l'appétit semblaient éternels. Il paraissait si roublard qu'on l'aurait juré capable de convaincre la mort de revenir le chercher plus tard, dans un quart d'heure, allez, coco, une demie-heure, maxi !
C'est comme lycéen que j'avais découvert ses spectacles, au théâtre municipal de Carcassonne. Alice Sapritch dans Super Dupont the Show. On y était allé avec le lycée. Mais ça ressemblait plutôt à de l'école buissonnière. J'étais trop jeune pour le Magic Circus, mais plus tard, je devais partager avec Jerôme un de ses interprètes, parmi les plus excessifs, Jean-Paul Muel (Perthus). C'est peu de dire que ses années Savary l'avaient façonné. Elles l'avaient marqué, à tout jamais. Il en parlait, il en parle sans cesse, comme les anciens refaisaient la guerre de quatorze. 
Jérôme avait écouté un bout de lecture d'une de mes pièces, lorsqu'il drigeait Chaillot. Puis il avait une réunion de parents d'élèves pour sa fille, il était parti. "Y a plein de lesbiennes dans la pièce à Besset, c'est super ! il faut la faire, hein Marie ?..." Il parlait à Marie Gavardin. Il n'avait pas fait la pièce. 
On s'est revu en Chine, il y a quelques années, au consulat de France à Shanghai, avec Jean-Michel Ribes -les deux hommes n'étaient pas sans rapport : même énergie bachique, pour ça c'est sûr, avec eux on s'emmerdait pas. C'était pas des réformateurs (je me sentais janséniste à côté), c'était des dynamiteurs. La révolution par le rire, la formidable bonne santé, vivace et bruyante. Les lignes que je voulais faire bouger patiemment de nuance en nuance dans mes pièces, le combat pour les moeurs, Jerôme, il pétait dedans. C'était viril, généreux, ça emportait tout, ça avait une gueule folle. 
Cet été, Jérôme m'avait invité à passer le voir dans sa retraite. Ses déboires avec l'administration le lassaient. Je suis à l'écart, ils me font tous chier. Viens boufer chez moi. On prendra le soleil. Tu verras, le coin est sympa. J'ai trop attendu. Il me disait, tu m'en veux de pas avoir pris ta pièce à Chaillot. Je protestai. Mais si, t'as raison, on aurait du y aller. J'ai été con. 
A mon arrivée au théâtre des 13 vents (c'est lui qui l'avait déménagé de Béziers à Montpellier, à Grammont, du temps des beaux jours avec Frêche), j'ai souhaité qu'on mette dans le hall les portraits de mes cinq prédecesseurs à la tête du Centre Dramatique National du Languedoc Roussillon (inauguré à Carcassonne par Jean Deschamps en 68). On a eu un mal de chien à obtenir une photo de Jérôme. Décidément c'était pas un homme d'archives. il s'en foutait du passé. Il était tourné vers l'avenir. Les projets. Putain, je vais monter un Brecht avec Bedos, ça va déchirer. 
Mon regret ? Qu'il n'ait pas vu notre production, mise en scène par Désveaux, de L'importance d'être sérieux de Wilde, qu'il avait si brillamment montée lui-même à Chaillot, avec Rupert Everett et Labarthe. Il aurait dit. C'est bien, les garçons, votre spectacle. Les filles sont mignonnes. Aufaure est super. Y a du cul. ça m'a plu. 
Jérôme est là avec son cigare, au milieu de la rangée des portraits en noir et blanc, sur le mur rouge. Plus que deux en vie. C'est un art de passage de relais, le théâtre.

Jean-Marie Besset

07/03/2013

Communication de M. Jean-Louis Bonnet, du mercredi 13 mars 2013.

Le patrimoine négligé des Carcassonnais
avec vidéoprojection
Jean-Louis Bonnet
Historien de Carcassonne
Membre de la Société d'études scientifiques de l'Aude.

L'Académie des arts et des sciences de Carcassonne, Gérard Jean, son président, vous invitent à honorer de votre présence la communication publique, libre et gratuite, qui sera donnée le mercredi 13 mars 2013, à 17 heures, par Monsieur Jean-Louis Bonnet, historien de Carcassonne, membre de la Société d'études scientifiques de l'Aude, dans la salle habituelle des séances, à l'Auditorium - chapelle de l'ancien collège des Jésuites - rue des Etudes à Carcassonne.

2013.03.13 - Invitation communication Bonnet.jpg

Classée deux fois au site mondial de l’UNESCO, la ville de Carcassonne expose ces remarquables richesses que constituent le Canal du Midi et la Cité fortifiée. Entre les deux merveilles, la ville basse ou Bastide demeure dans la discrétion, à la disposition des touristes qui osent découvrir des monuments cachés ou négligés. Pour les Carcassonnais, il est temps de mettre en valeur l’architecture originale de notre ville, d’en dévoiler les sites les plus remarquables et les moins connus : hôtels particuliers nobles, cours intérieures et jardins privés ; maisons bourgeoises, caves médiévales, détails de construction ; curiosités et décors difficiles à voir. La conférence, illustrée en vidéo projection, ne manquera pas d’attirer les passionnés de la ville basse, toujours prompts à suivre les trop rares visites organisées pour les habitants. Entrée libre et gratuite dans le cadre de la séance de l’Académie des Arts et des Sciences qui a invité l’historien Jean-Louis Bonnet.

6 mars 1973 : quarantième anniversaire de la disparition de Michel Maurette. Jean Esparbié se souvient !

Michel Maurette, aux labours du temps.

 

            Les Maurette habitaient près de Serralongue, au mas del Faitg1 autour duquel hurlaient les loups tenaillés par la faim. Salvado portait la blouse bleue-noire et empesée des maquignons”. Rosine, aux grands yeux couleur de feuille tendre, - l'ancienne sandalière de la Badie, devenue sa femme - menait le ménage. Dans une chambre minuscule, mal éclairée par une fenêtre étroite, aidée par Marie Colls - l'accoucheuse à la réputation de sorcière -, le dix-neuvième jour du mois de juillet 1898, elle mit au monde un garçon. On remarqua ses longs doigts de laboureur et, dès lors on s'empressa de tracer le destin de celui que les parents prénommèrent Michel. Rien ne contredirait cette appréciation...

            Tout jeune, l'enfant participa aux corvées de la ferme, souvent pénibles. Où pouvait-on mieux vivre ? La question amena la famille à déménager à plusieurs reprises. On casait les meubles dans la charrette et l'on partait ballottés par les cahots de la route pour une autre aventure, là où se dressaient des horizons nouveaux. Quant tout était perdu, s'il restait encore un cheval, l'honneur était sauf.

            Michel Maurette aborda le monde par le chemin de la clairière”. Il fit ses humanités dans les champs, ne rapporta de sa prime jeunesse que des contes et des chansons”. Tôt, écrire lui sembla une chose merveilleuse. Cependant, il tenait secrète sa passion de peur de susciter la risée générale. Le père ne le vilipendait-il pas en affirmant qu'il écrivait aux ministres ? Michel Maurette pensait plutôt s'adresser aux dieux... Il fallait subir les duretés de la modeste existence de la paysannerie, tout en caressant le rêve de témoigner par écrit des labours du temps.

            L'armée réclama le jeune homme en 1917 ; il porta l'uniforme jusqu'en 1920. Cinq ans plus tard, il épousa Andréa Mazard. Elle lui donna d'abord Michèle. Les Maurette séjournèrent à Lyon, puis vinrent au mas Pams-Cabestany près de Perpignan. En 1928, ils arrivèrent dans le département de l'Aude à Escorges. En 1932, ils s'installèrent enfin à Caux-et-Sauzens dans la bâtisse de l'exploitation qui deviendra : Le Clos-Saint-Michel. En 1935, Michel Maurette se laissa élire conseiller municipal, puis ceignit l'écharpe de maire en 1945. Il ne la quitta qu'en 1971. Il présida aussi jusqu'à son décès la Société mutualiste du village. Il aimait celui-ci, à quelques kilomètres de la préfecture où “l'action dirigeante ne se montrait pas inquiète du dépeuplement des campagnes reculées. Ainsi en allaient déjà les mœurs technocratiques...

            Michel Maurette travaillait donc la terre et cultivait la poésie qui, en ce monde rude et si sombre lui apparut tôt comme une lumière surnaturelle et une bénédiction. Le soir, après le labeur, lorsque la maisonnée dormait, il rédigeait des textes traduisant des pulsions intimes, ainsi que l'expérience humaine. Combien de cahiers d'écolier remplit-il avant de se satisfaire de quelques nouvelles rédigées au cours des années 30 avec la sueur de l'esprit et le sang de l'âme ? Malgré la fatigue de la journée dans les champs ou les vignes, il s'agissait pour Michel Maurette de préparer des récoltes différentes... Les plus grands - tels Rosny aîné, Paul Valéry, Colette goûtèrent la qualité exceptionnelle de Colla de gitans qu'ils récompensèrent par le prix Marianne en 1939, une année après le bonheur de la naissance de Lucile. La rencontre avec Joë Bousquet - le visionnaire de la rue de Verdun, au bas des remparts carcassonnais, qu'il verra glisser dans le cercueil par petites saccades comme à la parade - ouvrit une étape capitale dans l'exercice littéraire de Michel Maurette.

            La Crue parut en 1949. Elle conquit les lecteurs, les enthousiasma. On couvrit aussitôt son auteur de lauriers. Il venait de décrire magistralement l'aïgat terriblement meurtrier de 1940 dans les Pyrénées-Orientales. À juste raison, elle passera pour l'œuvre maîtresse de Michel Maurette. Joë Bousquet affirma voir Michel Maurette adhérer au mouvement”. Pour Ludovic Massé - l'auteur perpignanais - ce livre mettait Michel Maurette au-dessus de beaucoup d'écrivains”. La  magistrale évocation, ainsi désignée par Jean Lebrau - le poète de la Corbière -, saisit notamment Pablo Casals - le musicien de Prades -, François-Paul Alibert - menant une vie de Job dans une petite maison de la ville basse à deux pas du fleuve Aude... Michel Maurette n'en resterait pas à cette virile entreprise, soulignée par le pétillant Joseph Delteil - le pilier de la Tuilerie de Massane à Montpellier, le prêtre de la rêverie sur les bords de la Rigole à La Galaube dans la Montagne Noire. Maintes fois rééditée, traduite en Catalan, on ouvre toujours La Crue sur un événement dramatique se déchaînant contre la nature, les êtres, les biens. Jean Camberoque aimait à dire qu'aucun journaliste n'aurait pu ressentir totalement cette catastrophe au fond de lui-même et en rendre compte comme Michel Maurette.

            Le ton changea avec Le Temps des merveilles(1950). L'écrivain-paysan laissa Lucile guider son cœur. Elle sautilla autour de sa plume tel un oiselet et emplit les textes de la fraîcheur de l'insouciance, des joies de l'enfant atterrie à l'étoile. Jean-Louis Vaudoyer de l'Académie française écrivit à Michel Maurette :Cet album d'esquisses touche, émeut et charme par sa tendresse, par sa malice, par le parfum d'amour qui s'en exalte”. Tout fut dit en cette phrase.

            Dans Le Clos-Saint-Michel(1955), Michel Maurette prend les traits de Fougerand, attaché à la terre, fort d'une volonté inépuisable, gonflé d'espérance. Fougerand laboure, taille, sème, récolte, vendange... En retrait des successions de joies, de déceptions... Michel Maurette le suit, le comprend, le dessine intimement dans un bouquet de nouvelles aux couleurs de sa campagne, le centre du monde. Lors de cette publication, Joseph Delteil remercia  Michel Maurette en lui disant qu'elle sentait la vérité, la terre, le coeur de l'homme”. Il ajouta : C'est plein, c'est large, c'est le pain complet, ça vous rentre irrésistiblement dans les moelles”. Marcel Arland, de l'Académie française écrivit à Michel Maurette :l'on s'ouvre à ce livre comme à un chant l'un des plus graves et les plus émouvants....

             Pour Jean Camberoque, l'illustrateur des ouvrages de Michel Maurette, celui-ci se livra entièrement dans l'Enfant des Loups (1968). Effectivement, Michel Maurette se raconta sans détours, d'une écriture sûre, fine, roulant comme les galets de la Têt, parfumée des senteurs de la lande au milieu de laquelle se trouvait le gros mas décrépit et nu, puis éclairée par le soleil du Roussillon qui captivait Salvado. Jean Rousselot, alors président de la Société des gens de lettres de France reconnut en Michel Maurette la frémissante et comme inquiète soif de réelle connaissance. Il poursuivit que :Si un nouvel humanisme doit jaillir des ruines de l'ancien, il sera l'œuvre d'autodidactes du type Maurette, pour qui l'accumulation de ce qu'on appelle le "bagage" est une cause d'angoisse plutôt que d'autosatisfaction et qui, au fur et à mesure qu'ils se cultivent, comprennent que toute nouvelle conquête n'est qu'un pas de plus vers une indicible exigence. Je trouve la définition juste et l'Enfant des Loups en reste une preuve évidente.

            Au roman paysan succéda Le Rêve d'écrire (1970), venu, disait volontiers Michel Maurette de loin, de très loin, peut-être de plus loin que l'enfance parce que cela devait être écrit. De la bordure de la frontière espagnole à la campagne carcassonnaise, celui qui écrivit, cet autre - déléguant dans la vie le laboureur - se montra “exigeant, tyrannique et fantasque”. Les sillons se prolongèrent par des lignes dont la teneur et la beauté pure amenèrent Michel Maurette dans l'univers culturel. Michel Maurette dressa quelques portraits d'amis dans Le Rêve d'écrire. Il soutint François-Paul Alibert dans les bras en ses derniers instants. Il compara André Blondel à un génie des fontaines et des bois. Il affirma que Jean Lebrau tenait la place d'un saint. Pour l'écrivain-paysan, Pierre Reverdy rédigeait dans l'avenir, des poèmes qui étaient le reflet de son passé,. Il glorifia Jean Camberoque né peintre. Il désigna Pierre Loubière tel un “poète royal. Il supposa avec raison que le temps éclairerait l'œuvre d'une rare intensité de Joë Bousquet.

            En guise d'au revoir, en résistant courageusement à la maladie, Michel Maurette diffusa Les Nains (1972), de courtes nouvelles par lesquelles on retrouva dans ce bouquet de fleurs des champs toute la fraîcheur, tous les parfums du livre Le Temps des merveilles.

            Indirectement, un enseignant d'espagnol, à qui je dois une éternelle reconnaissance, suscita ma rencontre avec Michel Maurette au cours de l'après-midi du 11 novembre 1964. Elle débuta une amitié que la disparition de Michel Maurette, le 6 mars 1973, suspendit sans jamais détruire. Lorsque j'écris, j'imagine parfois l'homme exemplaire à mes côtés. Il m'incite à refuser la facilité, me désigne la sagesse à découvrir. Je ne manque pas l'occasion de remémorer Michel Maurette partout où l'on m'invite à le faire.

            Dans le cimetière de Caux-et-Sauzens, Jean Lebrau certifia que Michel Maurette habiterait dans les étoiles, éclairé par la lumière qui traverse la nuit.

            Il nous reste l'œuvre à relire ou à découvrir et les souvenirs pour beaucoup d'entre nous. Quarante années après, le poète survit au laboureur...

 

             Jean Esparbié

 

Note : Jean Esparbié publia en 1989, avec le concours du Conseil général du département de l'Aude : Du Sillon à la ligne : Michel Maurette, Gabelle, Carcassonne. Ce livre est aujourd’hui épuisé. Il donna aussi Le Rêve du laboureuren 2005, aux éditions Acala, encore disponible chez l'auteur.

Jean Esparbié

1, rue Germinal

Montlegun

11090 Carcassonne

04.68.47.08.07

jean.esparbie@orange.fr



[1] - Le hêtre.