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22/11/2013

Claude Seyte, secrétaire perpétuel de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne, rend hommage à Jean Guilaine.

A JEAN GUILAINE, MEMBRE DE L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES, PROFESSEUR HONORAIRE AU COLLEGE DE FRANCE.

Bien cher ami et éminent collègue,
Une incursion commune, dès l’enfance, dans la classe de Mme Garriguet, au petit lycée de Carcassonne, et sous la férule du sévère censeur Sirven, pourrait m’autoriser le tutoiement. Mais la destinée exceptionnelle qui est la vôtre m’incline au plus respectueux vouvoiement qu’impose également la règle académique.
Nous étions de la génération dont nos petits aînés chantaient « Maréchal nous voilà », que nous avions remplacé par le plus patriotique « Flotte petit drapeau » ! … Selon la mode des époques et des faits de l’Histoire !
Puis nos chemins ont divergé. Nous ne parlerons que de votre destin, auréolé de tous les degrés de la Connaissance, pour aboutir en tant que Sociétaire du CNRS, institution de la Connaissance aux ramifications si diverses et exponentielles. Puis ce fut la chaire d’enseignement dans une titulature prestigieuse qui pérennise vos travaux pour les futures générations, et, maintenant, l’accès au grandiose et immense Institut Académique de la Science, branche enviée par les plus Grands dans l’Institut de France, où Napoléon 1er aurait bien voulu se retrouver dans des études scientifiques qui le fascinaient.
Vous voilà revêtu du prestigieux habit vert adorné des branches d’olivier, symbole de paix, et flanqué du glaive de bronze qui convient le mieux à votre courant de pensée, symbole de la gaulienneté et de la romanité, dans leurs conflits.
Nous serions à l’aube de l’humanité et nos pauvres vies pouvant aller jusqu’au centenaire essaient d’expliquer le passé de la race humaine, à travers les strates millénaires que nous ont laissé les existences successives ; ainsi vous êtes l’acteur d’une procédure qui traque les millénaires.
« Rien ne dompte la conscience de l’homme, car la conscience de l’homme, c’est la pensée de Dieu » …selon Victor Hugo, dans la fin de la préface de son ouvrage « Les châtiments », où il vilipende à grands coups de vers peu indulgents le régime du Second Empire.
A cet effet, vous ne voulez être que le chercheur rigoureux et tenace, qui ne se laisse point enfermer dans la théorie hasardeuse ou problématique. Vous avez été amené à affirmer « Plus on pénètre dans ce champ d’étude (l’évolution) et plus on se rend compte que l’homme préhistorique c’est nous-mêmes, moins le téléphone ».
De ce fait, vous rejoignez la matrice du 6ème jour de la Création, que nous conte la Genèse de la Bible qui est ne varietur dans l’écoulement des siècles et des millénaires.
L’homme n’est pas le fruit d’un aléa, d’un hasard dans l’immensité du cosmos, mais bien une création originale qui a ses propres gènes et qui n’a absolument rien à voir avec l’amphibien, les autres mammifères, le simiesque ou un quelconque cœlacanthe ! La Nature est bien trop cohérente, « pensée » et complexe pour cela.
Les explorations des strates humaines que vous avez entreprises vous ont conduit à découvrir l’art de l’homme et la finesse de ses découvertes propres. Tôt dans ses origines, il enterre ses morts et les évoque avec respect, à l’inverse des animalités qui dévorent ou abandonnent.
Vous vous extasiez devant l’ergonomie reconnue d’une hache de pierre, d’un outil ou d’une arme d’attaque ou de défense, de la géométrie d’une pointe de flèche.
Vous savez déterminer les moments de l’histoire où l’homme a découvert les métaux, la manière de les utiliser : âge du fer, âge du bronze. Vous constatez l’usage du fer, de l’eau, les éléments de base, le travail des peaux, le tissage , la mise en valeur des terres par l’agriculture, mais aussi, summum du sublime, la découverte (reflet de l’âme) des peintures rupestres et autres travaux artisanaux de bijouterie (déjà !) et ce souci de se protéger du fauve ou des peurs ancestrales ! Selon le psaume vespéral, déjà : « Que les fantômes de la nuit, les songes s’enfuient loin de nous. »
Toute une vie sociétale, qui s’organise peu à peu. C’est là qu’est « l’évolution », dans la phase de la relation humaine et non dans le gène initial, toujours le même : nos ancêtres étaient velus et poilus. Ne le sommes-nous pas après quelques jours sans soins ? Et que dire de l’imperfection mineure mais qui est dans les premiers jours : pas plus que nos ancêtres, nous ne pouvons accéder facilement à notre dos pour nous gratter et, que je sache, nous ne sommes pas encore capables de faire naturellement une rotation de 180° de notre tête (pour contempler la face cachée de la lune ?)
Toute une civilisation matérielle et morale, façonnée par les égrégores de la nature humaine ! Comment se fait-il donc que, sur les millions d’années de son existence reconnue, aucune mutation génétique humaine majeure ne soit intervenue ?
Tous ces paramètres évoqués procèdent de la manifestation de la recherche pure — « la recherche oblige », ainsi que l’exprime Gide — dépouillée des a priori ou des thèses plus ou moins hasardeuses dans lesquelles des générations prétentieuses se complaisent. Malraux pense que la science peut détruire la planète et qu’elle ne forme pas l’homme. Ici, vos travaux le contredisent : vous révélez le passé et le transmettez aux générations actuelles. Mais parlons donc des « théories de l’évolution » qui voudraient inféoder la race humaine aux mutations intervenant dans des espèces voisines ? Les anciens étaient déjà tracassés par ce problème, mais c’est à l’époque des Lumières et au XIXe siècle, que ces questions furent davantage mises au goût du jour.
Ainsi, les errements de l’inénarrable Charles Robert Darwin qui l’amenèrent, dans le cours de son existence et à la fin de sa vie, à des doutes profonds, mâtinés de désespoir. Il mourut dans le remords, ce que l’on ne dit pas. Il eut des successeurs, et des philosophes (Karl Marx) qui s’emparèrent de la prétendue théorie sans pouvoir prouver, sauf à falsifier honteusement les résultats des recherches comme le démontre le Centre d’Etudes et de Prospective sur la Science. L’évolution, telle qu’elle est pensée à notre époque, c’est celle du confort, de l’adaptation, sujette à caution, des mœurs, pas toujours reluisantes, des découvertes de toutes sortes.
Seulement, voilà ! Ces erreurs ont toujours droit de cité, du fait de l’intervention des médias souvent irresponsables, des écrivailleurs de tout acabit, qui entretiennent ainsi l’équivoque, quand ils ne travestissent pas la vérité, si elle ne sert pas leurs intérêts et leurs profits. Et c’est ainsi que l’on assiste à des faits qui font élection de pensée, comme l’aberration de Rennes-le-Château, née de l’imagination commerciale d’un obscur aubergiste local, ou bien la mise en cause de comportements de générations ou d’hommes à la stature historique. Fruits, aussi, de l’inquiétude latente de la race humaine ! L’actualité se fixe sur Bugarach !
Nous sommes à l’époque de la contestation, mais certaines nouvelles découvertes apparaissent et font vaciller des théories en place : Einstein connaît des secousses ! Comme quoi tout est relatif : la découverte récente du Boson de Higgs, élément de particule liant la matière conduit à se poser la question de l’intervention Divine : mais qui est à l’origine de la « sauce » ?
Vous n’adhérez point à ces extravagances et vous mettez toute votre science et vos connaissances au service de la recherche des civilisations passées, sur les traces visibles de l’existence de nos ancêtres si lointains mais aussi tellement proches de nous, et c’est tout à votre honneur et à celui du C.N.R.S., dont vous êtes le dévoué Sociétaire.
Que ces hommages à l’Humanité, trésors des vérités constantes, à l’origine de vos lauriers de l’immortalité académique, soient un phare de la Connaissance et de l’estime que vous porteront les générations futures.

 

Classe de Mme Garriguet.jpg
La classe de madame Garriguet au petit lycée de Carcassonne.

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