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06/09/2015

Le photojournaliste Wilfrid Estève, originaire de Carcassonne, est fait chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres.

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Par arrêté, en date du 17 juillet 2015, sur proposition de Mme Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication, M. Wilfrid Estève est promu chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres. 

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Monsieur Wilfrid Estève, photojournaliste et producteur,
est notamment l'auteur d'un projet de formation universitaire
conduit avec M. Eric Sinatora, directeur du Graph,
sur le thème "Photojournalisme et écritures transmédias"
dont le cursus se déroule à Carcassonne.

Photojournaliste, spécialiste des nouveaux médias, enseignant, producteur, fondateur d'agences photo et d'un studio de création, la préoccupation de ce Carcassonnais hyperactif et multifacettes tourne autour de l'image et de son cœur: l'information.
Le photojournalisme en crise ? Wilfrid Estève ne supporte plus le rabâchage de cette antienne. «Et je ne suis pas optimiste hein ! ça fait sept ans qu'on a lancé Hans Lucas et ça marche bien. C'est du concret ça», dit-il en rythmant son propos du toc-toc de l'index sur la table du bar. Les baroudeurs de l'image et les agences baronnes qui prophétisent la fin de leurs métiers, criant misère et crise s'envasent eux-mêmes dans le bourbier. «Il n'y a jamais eu autant d'aides, de bourses, de prix pour l'image, de supports», s'enthousiasme-t-il. Oui, la révolution numérique bouleverse la donne, balaie les systèmes d'hier. Sur la forme. Pas sur le fond : «Le cœur du métier reste le même. C'est ce qu'il faut défendre : le contenu, l'angle, la vision d'auteur. Si ta série de photos n'est pas bonne, n'a rien à dire, le traitement n'y changera rien». Photojournaliste, photographe, enseignant, fondateur d'agences photos, producteur de webdocumentaires, défricheur de nouveaux regards, père de deux enfants : à 44 ans, ce Carcassonnais créatif qui a vécu et vit mille vies se définit multifacettes. Multifacettes rassemblées en «un». Ce «un» qui carbure irrémédiablement à l'info véhiculée par l'image. Laquelle peut à loisir, aujourd'hui, être augmentée, dépliée, nourrie de sons, habillée d'illustrations, modulée en fixe ou en mouvement. «Tu te rends compte des possibilités ? Comment tu peux creuser un sujet ?» et lui trouver une kyrielle de formes de la BD reportage, au documentaire TV, web ou cinoche, en passant par la presse magazine, les webs médias, le feuilleton radiophonique… Coordonner les énergies, organiser des équipes de professionnels autour d'un projet de reportage porté et réalisé par des journalistes, produire, décliner les formats et trouver les réseaux de diffusion adéquats : c'est là son activité de directeur artistique et éditorial du studio de création Hans Lucas. Pas question de brader la fabrication des sujets ou de lésiner sur les intervenants. «Tu ne vas pas demander au boucher de faire médecin ! Eh bien, l'info c'est pareil», rigole-t-il, persuadé qu'un contenu n'est jamais aussi pertinent que lorsqu'il est le fruit enrichi de compétences et regards divers, croisés et convergents, tous animés par la rigueur et la volonté d'informer.
Bingo ! En tant que producteur, il vient de rafler doublement la mise. Sur la forme avec le grand prix du jury du webTV festival de La Rochelle et sur le fond avec le prix Historia de l'inattendu pour la plateforme documentaire «La Nuit oubliée - 17 octobre 1961» qui lève le voile sur le massacre des Algériens à Paris par la police aux ordres du préfet Papon. «À La Rochelle, on a eu le prix devant les grosses locomotives comme Arte par exemple», glisse-t-il, un poil fiérot. Les prix… Sa page wikipédia regorge des récompenses qui jalonnent son parcours. Distinctions dont il parle sans vanité, sans une once revancharde et avec gratitude. Son besoin de reconnaissance, sa culture du doute, sa capacité à se remettre en question et à expérimenter étayent son trajet d'autodidacte qu'il ne masque pas, traînant un léger complexe. Rétrospectivement, celui qui a enseigné le photojournalisme à l'école des métiers de l'information (EMI) se dit qu'une bonne formation lui aurait facilité la tâche. Peut-être, peut-être pas. Sa passion pour le journalisme, sa pratique (ses pratiques), sa curiosité naturelle et son goût pour la pédagogie le poussent toujours à transmettre.
Il a couru la planète, couvert des conflits des Balkans à la Palestine, mais «il n'a pas pris la grosse tête», dit de lui Éric Sinatora, du GRAPh. Wilfrid Estève y a fait ses armes. Non pas de photographe mais d'assistant œuvrant au bon fonctionnement interne de l'asso. Gosse, il a su qu'il serait journaliste photographe : «Une évidence». Il se rappelle avoir baigné dans un univers d'images, déjà aux confins : son père, dessinateur industriel, dirigeait une boîte de grutier. Il avait 10 ans quand il est mort. Il loupe trois fois son bac. Collégien, il se fait virer du Bastion, atterrit à Chénier. «L'école, c'était pas mon truc ! La hiérarchie non plus… C'est toujours le cas !», se marre-t-il. Il passe par la case saisonnier à la Cité et l'aventure du filmage sur les plages de Gruissan. «C'est extrêmement formateur : tout dépend de ta façon d'aborder les gens pour faire tes photos, de ce que tu es à ce moment-là, de ta capacité ensuite à vendre ton sujet. Sur un terrain de guerre, c'est la même chose !», résume avec humour et modestie le bonhomme.
En 1994, foin du ronron carcassonnais interrompu par l'unique alternative culturelle que représentent alors le Rex et le Colisée : il met le cap sur Paris. Enchaîne avec une formation en photojournalisme durant quatre mois à l'EMI. Dans la décennie qui suit, bosse en indépendant pour une vingtaine de rédactions différentes, dont «Libération», «Paris Match», «National Geographic». Voilà trois ans qu'il a levé le pied sur ces collaborations-là pour investir à fond le champ audiovisuel, toujours à l'affût d'une bonne histoire à raconter, en incorrigible journaliste qu'il est.

Céline Samperez-Bedos
La Dépêche du Midi
Edition du 23 septembre 2012

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