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10/07/2017

Dernier hommage de Gérard Jean au compositeur Jacques Charpentier, sociétaire de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne.

Charpentier-Légion d'honneur.jpg

Discours prononcé par Gérard Jean
aux funérailles 
de M. Jacques Charpentier

Cathédrale Saint-Michel
Cimetière de La Conte
Carcassonne - Mercredi 21 juin 2017

Logo rond Académie.jpg

Combien est grande la perte que subit le monde savant ! Combien sommes-nous affligés par le deuil de notre illustre collègue, dont la terre va nous dérober les restes !  Combien est immense et douloureuse l’émotion du cénacle universel, du chant et de la musique !

Le décès de Jacques Charpentier nous afflige plus encore ; car nous l’avons perdu, au moment même où l’assoupissement de sa maladie, qui lui enlevait peu à peu ses forces sans jamais atteindre sa lucidité ni sa claire intelligence,  nous avait rendu l’espoir.

Les dernières consolations terrestres, celles qui doivent nous être les plus chères à l’heure de la mort, lui furent accordées, car il a senti jusqu’à la fin l’amour de ses proches, car il a pu songer à son œuvre et la voir derrière lui, grande et féconde.

Je me souviens de cette cérémonie solennelle du 15 janvier 2016, au cours de laquelle il avait reçu la cravate de commandeur de la Légion d’honneur. Et ce jour là, il semblait étonné de ce qu’il y ait autant de monde dans la salle… qu’il puisse avoir autant d’amis !

La disparition du Maître survient quelques mois après le vibrant hommage rendu au musicien par la pianiste italienne Giusy Caruso, venue spécialement à Carcassonne pour interpréter du vivant de l’artiste son œuvre magistrale majeure : les 72 études karnatiques déclinées sur les 72 échelles possibles des 72 modes musicaux.

Jacques Georges Paul Charpentier naquit à Paris, le 18 octobre 1933, mais nous pouvons dire avec orgueil, que la ville de Carcassonne - sa patrie adoptive depuis un demi-siècle - l’a autant honoré que si elle l’eût compté au nombre de ses enfants !  

Jamais peut-être un seul homme ne sut autant de choses sur une science donnée… et ne les sut, mieux qu’un autre ! Rien n’avait échappé à sa prodigieuse mémoire, et dans ce dépôt bien ordonné, tout était classé avec méthode, avec clarté, avec tant de lumière en tout genre d’érudition.

Que dirai-je de son cœur ? Comment louer assez cette disposition à un attachement tendre et vif, qui le rendait si précieux à ses proches, si cher à ses amis ?

Pouvait-on s’entretenir avec lui, ou seulement le voir, sans être touché par cet air de modestie, par cette simplicité, par cette candeur, qui relevaient tant de qualités éminentes ?

Soit dans sa conversation, soit dans ses écrits, découvrit-on jamais - je ne dis pas le plus léger indice de prétention ou d’orgueil - mais l’apparence même du sentiment de sa supériorité, qui eut été si légitime, ou du moins si pardonnable chez un homme en effet si supérieur ?

C’est que la beauté de son âme profondément pieuse, sa croyance aux forces puissantes de la religion catholique, égalaient la droiture de sa raison et la profondeur de son esprit.

Tant de vertus ont trouvé leur récompense dans l’affection de Danielle, son épouse, à laquelle il lègue un éternel chagrin ; dans l’incommensurable dévouement de sa belle-sœur : Joëlle ; dans l’amour de Philippe son frère ; dans l’adoration de ses enfants : Anne, Odile, Éric ;  dans la tendresse sans mesure de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants.

La mort d’un seul homme produit un vide immense dans les rangs de l’Académie des arts et des sciences de Carcassonne. Quand est-il quand cette assemblée perd successivement l’épouse de Paul Detours, ancien titulaire du grand orgue de l’église de Montréal et Jacques Charpentier, ancien directeur de la musique, de l’art lyrique et de la danse au ministère de la Culture ?     

Personnellement, au nom des membre de l’ordre des Arts et Lettres que je représente, je vous adresse, à vous, mes respectueuses condoléances. Je suis incapable de vous apporter - je le sais bien - une consolation véritable, mais je peux vous dire que le souvenir de Jacques Charpentier restera bien vivant, fort d’admiration et de sympathie ; que son œuvre ne mourra pas, mais qu’elle fructifiera et perpétuera sa mémoire.

André Malraux affirmait que la musique seule pouvait parler de la mort ; nous ne sommes pas musiciens ; c’est dire s’il nous fut difficile de la côtoyer, afin de rendre hommage devant la porte de cette funeste demeure, à celui d’entre-nous qui avait fondé le Centre d’études des musiques grégoriennes à l’abbaye cistercienne de Sénanque. 

Maintenant Jacques, vénéré Maître, cher Collègue et Ami, il est temps de vous dire adieu et de citer Lamartine car « Le livre de la vie est le livre suprême qu’on ne peut ni fermer, ni rouvrir à son choix ; le passage attachant ne s’y lit pas deux fois, mais le feuillet fatal se tourne de lui-même ; on voudrait revenir à la page où l’on aime, et la page où l’on meurt est déjà sous vos doigts ». 

Adieu ! Adieu Jacques !

 Gérard JEAN
Officier de l'ordre des Arts et des Lettres
Carcassonne
Mercredi 21 juin 2017

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