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03/05/2017

Les sociétaires de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne écrivent et publient : le Temps des fraternités, par feu Henri Callat et Claude Caro

Temps des fraternités.jpg
Ouvrage consultable à la bibliothèque de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne.

10/09/2015

Henri Callat et Claude Caro, sociétaires de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne, ont animé le vingt-septième colloque interdisciplinaire de Carcassonne.

Temps des fraternités.jpg
Ouvrage consultable à la bibliothèque de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne.

Au commencement était le Verbe... toulousain !
llya Prigogine, nouveau Prix Nobel, venait de cosigner, avec Isabelle Stengers, un ouvrage intitulé "La Nouvelle Alliance", sous-titré "Métamorphose de la science".
Notre aventure débutait : celle d'un groupe de professeurs de toutes disciplines ouvert à un public curieux de cette nouvelle alliance entre tous les savoirs annoncée dans l'ouvrage de Prigogine.
Aurions-nous déjà abordé, sans encore tout à fait le comprendre, les temps de la "reliance" et des fraternités ?
Cette première étape de notre existence fut celle de merveilleuses rencontres symbolisées notamment par les noms d'Edgar Morin et d'Albert Jacquard relayés par leurs interprètes du moment, Maurice Pasdeloup, Jacques Dousset et Roger Cavaillès notamment, les deux premiers ayant hélas ! aujourd'hui disparu.
Mais très vite nous avons compris que l'Université de Toulouse-le-Mirail constituait un espace trop étroit pour faire écho à l'enthousiasme suscité par des idées pour nous si nouvelles.
Et c'est Carcassonne qui, pour l'essentiel, hérita de la suite.
Vingt sept Colloques ponctuèrent, à travers les thèmes les plus divers, notre cheminement vers les nouveaux horizons intellectuels ouverts, un quart de siècle plus tôt, par l'ouvrage de Prigogine.
Dans cette pespective nous avons pu bénéficier de l'appui moral et financier d'une association culturelle locale, l'Adreuc. Il faut mentionner également tout l'intérêt porté à nos travaux par le Conseil général de l'Aude.
Collective fut notre initiative de départ, collective demeure la suite de notre aventure ; et tous ceux qui, localement, participent, avec un admirable dévouement, à l'organisation et aux succès de nos Colloques, se retrouveront bien sûr dans ce qualificatif. Ainsi chacun d'entre nous pourrait faire sienne cette remarque de Wittgenstein : "Je crois que je n'ai jamais inventé un chemin de pensée, mais qu'il m'a toujours été donné par quelqu'un d'autre... Ce que j'invente, ce sont de nouvelles comparaisons."

Henri Callat. 

 

12/06/2015

Info Culture : Colloque interdisciplinaire de l'Université d'été de l'Aude, avec la participation d'Henri Callat, sociétaire de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne.

Université d'été de l'Aude
XXVII EME COLLOQUE INTERDISCIPLINAIRE DE CARCASSONNE
Organisé par l'Adreuc et l'Ufop
Association pour le Développement des Rencontres et des Echanges Universitaires et Culturels
Université Populaire de l'Ouest Audois
Collège de Varsovie - Boulevard de Varsovie à Carcassonne
Samedi 27 juin et dimanche 28 juin 20152015.06.27 - Colloque Adreuc.jpg
TEMPS DES FRATERNITES
Programme complet du colloque
Samedi 27 juin 2015
9 heures : Présentation du colloque, discours d'accueil
Henri Callat,
Sociétaire de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne

9 heures 15 :
 Lucien Bordaux

Maître de conférences honoraire à l'Université Jean Jaurès de Toulouse-le-Mirail
"Aux sources d'une utopie : naissances anciennes de la fraternité"
Pause-café
10 heures 30 :
André Lannes

Professeur agrégé et docteur d'Etat en sciences physiques
Directeur de recherche au CNRS
"L'aventure cosmique du vivant : une fantaisie prodigieuse des fraternités quantiques qui structurent notre monde"
Repas (inscription obligatoire : 04.68.79.69.15)
14 heures 30 :
Thomas Dallery

Maître de conférences à l'Université du littoral Côte d'Opale de Dunkerque
"L'économie de la fraternité : produire entre frères" 
Pause
16 heures :
Serge Bourjea

Professeur émérite de l'Université de Montpellier
"... à l'est d'Eden (Genèse IV, 16)"
Pot de la Fraternité
Dimanche 28 juin 2015
9 heures 30 :
Serge Bonnery
Journaliste, écrivain
"La mort de Robespierre"
"La fraternité universelle en Franc-Maçonnerie".
10 heures 45 : Débat de clôture
Modératrice : B. Rouppert.

30/12/2014

En guise de voeux, le sonnet philosophique d'Henri Callat, sociétaire de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne.

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Explication de texte interdisciplinaire

Interprétation philosophique de mon sonnet

Toussaint à contre-sens !

 

Je pense avec mes morts l’éternité pensante  

La préposition « avec » au lieu de « à » usuellement utilisée n’est pas ici une simple nuance : c’est un paradigme ! On y reconnaîtra les notions de « non-séparabilité », de « non localité », de « non individualité », propres à la physique quantique.

Une phrase de Bernard d’Espagnat (« Candide et le physicien », p. 260) traduit parfaitement tout cela : « … en tant qu’objet de science la réalité physique est un phénomène auquel l’action et l’expérience humaines sont inhérentes. »

Wittgenstein précisera : « On peut énoncer quelque chose comme ce qui se passe dans le monde, mais non sur le monde comme ce dans quoi il se passe quelque chose. »

En clair, le « face à face » classique entre le sujet et l’objet perd toute signification lorsqu’il s’agit d’un « objet » quantique. Je suis en quelque sorte ontologiquement lié à cet objet.

« Avec celui que nous aimons nous avons cessé de parler, mais ce n’est pas le silence » (René Char)

 

Souvenir épuisé jeune métaphysique  

 

Commémorations, cérémonies, réminiscences, s’en trouvent radicalement relativisées au profit d’une nouvelle métaphysique : celle-ci n’évoque plus un « être », une « substance », une réalité « en soi »,-l’ « objet » quantique me l’interdit -  mais essentiellement une relation, un lien avec une  « réalité » dont la nature et la signification sont devenues secondaires.

« Je suis les liens que je tisse avec tout ce qui m’entoure », écrit Albert Jacquard.

Encore Wiitgenstein : « Dis-moi comment tu cherches, je te dirai ce que tu cherches. »

 

J’ai retrouvé l’éclair de ta mathématique  

 

Ici allusion au formalisme mathématique ultrasophistiqué de la physique quantique. Rien à voir avec celle enseignée dans les écoles. J’essaie , en imagination, de me mettre à la place du mathématicien qui a sur nous tous le privilège de « pratiquer » le monde quantique et d’en saisir techniquement toute l’étrangeté.

 

Et la lumière en moi de ma nuit finissante  

 

Peut-être, pour employer une expression d’Etienne Klein, une « découverte philosophique négative » qui m’oblige, face à une réalité que j’ignorais jusqu’ici, à inventer de nouveaux concepts, à métamorphoser les anciens…

 

Ô trompeuse Mémoire et mensonges des sens  

 

Reprise de l’expression « Souvenir épuisé »du deuxième vers.

L’étrangeté des concepts quantiques, c'est-à-dire leur caractère non intuitif, relativise radicalement les idées classiques que nous nous faisons des choses au point de nous émerveiller de leur métamorphose !

Ô trompeuse Mémoire… » comme je suis heureux de la disparition de la majuscule qui la figeait dans un passé immuable !...

 

Où s’écroule à jamais mon ancienne physique  

 

… c'est-à-dire les concepts qui structuraient la science newtonienne . Etienne Klein , à l’occasion de la découverte du boson de Higgs, n’hésite pas à parler de « la fin d’un monde » ( « Le Monde selon Etienne Klein », p. 61).

 

Dans le ciel éclatant de ma raison quantique  

 

Il est maintenant évident que le type de rationalité qu’implique la physique quantique est radicalement différent du type de rationalité classique. Qu’un « objet » puisse se trouver en même temps ici et dans un autre lieu de l’Univers n’a aucun sens pour la rationalité usuelle dominée par les trois principes d’identité, du tiers exclu et de la raison suffisante.

 

Devenue paradoxe éternel contre-sens  

 

Reprise de l’idée exprimée dans le vers précédent

 

Je ne me souviens plus d’avoir quelque origine

Je me réfère ici à Albert Jacquard (« Le Monde s’est-il fait tout seul », p. 110) : « … considérons mon propre temps jacquardien. Il a un début pour les autres, mais pour moi ? Je peux aller le chercher ce début,  en remontant à ma naissance … Je vais me rapprocher de mon Big Bang à moi : la rencontre de l’ovule et du spermatozoïde qui m’ont constitué. Mais puis-je atteindre l’instant d’avant , qui n’a pas de sens pour moi ? Avant cette rencontre , le temps jacquardien n’avait pas d’existence. Par conséquent je n’ai pas d’instant créateur, je n’ai pas d’origine … tout d’un coup j’existais, c’est un événement qui a lieu dans le temps cosmique. Mais pour mon temps jacquardien ? Cet événement n’a pu avoir lieu. Car à l’instant zéro , le logarithme de mon âge ce n’est pas zéro, : le logarithme de zéro c’est moins l’infini. Et me voici , ayant retrouvé l’éternité dans le passé ! C’est bien plus beau que dans l’avenir ! Vous avez devant vous quelqu’un qui sort de l’éternité ! … Moi j’aime me noyer dans l’infini de mon logarithme . »

Ni sur quel horizon où le soleil s’incline

D’avoir jamais formé le concept de la fin

Continuons la démonstration d’Albert Jacquard (« Dieu ? p. 132) ; Il s’agit ici de la conscience.

« Au cœur de cette conscience personnelle, intime, je peux comprendre qu’une fin aura nécessairement lieu un jour et sera constatée par mon entourage… mais rien ne pourra jamais me démontrer que cette fin est atteinte , encore moins qu’elle est dépassée. Dans l’univers de ma conscience l’après moi ne peut exister ; ma conscience est pour elle-même éternelle… à condition de considérer non la durée mesurée par des événements cosmiques , mais celle que définit le cheminement de ma conscience. »

Albert Jacquard retrouve ici la fameuse expression de Spinoza : «  Sentimus experimurque nos oeternos esse » ( Nous sentons et nous expérimentons que nous sommes éternels »)

Ce que je voulais dire peut-être dans le premier vers de mon Sonnet en parlant d’ « éternité pensante » !

Moi qui suis rigoureux sans Lois sans Vérité

J’admire et m’émerveille hors de toute Beauté  

Ici c’est  Arthur Rimbaud que j’invoque (début d’ « Une saison en enfer ») :

« Un soir , j’ai assis la Beauté sur mes genoux . Et je l’ai trouvée amère. Et je l’ai injuriée. Je me suis armé contre la justice. Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misère, ô haine, c’est à vous que mon trésor a été confié. »

Peut-on concevoir rupture plus complète – plus quantique ! – avec le réel quotidien ?

Toutes les majuscules s’effondrent, c'est-à-dire, j’y reviens, les  concepts même d’ « être » , de « substance » , de fondement dernier, de « dernière analyse » !

Avant Rimbaud il y avait eu Montaigne : « Le monde n’est qu’une branloire pérenne … Je ne puis assurer mon objet. Il va trouble et chancelant, d’une ivresse naturelle. Je le prends en ce point, comme il est, en l’instant que je m’amuse à lui. Je ne peins pas l’être. Je peins le passage … »

Ô Niels Bohr, ô Schrödinger, ô Paul Dirac, ô Heisenberg, ô Einstein lui-même, ne vous reconnaissais vous pas dans cette intuition première et géniale ?

Etre « rigoureux » malgré tous ces effacements de l’ « être » n’est-ce pas faire écho à l’équation de Schrödinger parfaitement rigoureuse dans sa forme, tout en intégrant probabilités, hasard et possibles … peut-être un peu comme mon Sonnet lui aussi rigoureux dans sa forme classique, mais inattendu dans le contenu, et dans la signification profonde ? 

Avec tous et partout j’existe et pense enfin  

Mais sur quoi donc est définie « la fonction d'onde » sinon sur la totalité de l'Univers ?

Qu'est-ce que je fais quand je procède à la fameuse « réduction du paquet d'onde » ? Si j'en crois les dernières nouvelles à ce sujet ( Everett), ce n'est pas seulement à l'Univers que je touche, mais au « multivers » dont mon action – ma mesure – révèlent l'existence !

Fantastique « agrandissement » du Monde et de ma pensée : « cieux au-delà des cieux , écrit Michel Cassé( « Du vide et de la création », p.209) . Il existe un au-delà matériel au-dessus des sources claires, sans chemin et sans étoile. Je forme ici le vœu que cette pure problématique d'ouverture entrebâillera la porte à une nouvelle forme de respect de « notre mère la beauté du monde ». Au terme de cette décréation l'homme intérieur se retrouve dehors. Etre dans le vide, c'est être chez soi. » 

Henri CALLAT