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26/01/2016

Décès subit de l'anthropologue Daniel Fabre, président du Groupe Audois de Recherche et d'Animation Ethnographique, dont le siège se trouve à Carcassonne, 53, rue de Verdun.

L'anthropologue audois Daniel Fabre
s'est éteint à 69 ans.

Fabre Daniel-Boyer Claude.jpg
Photographie : Journal l'Indépendant/Claude Boyer.

Cet anthropologue de renom qui vivait entre Paris et Carcassonne avait participé à la création du Garae. L'un des grands anthropologues français, Daniel Fabre, vient de s'éteindre dimanche 24 janvier à Toulouse à l'âge de 69 ans.

Né à Narbonne, le fondateur de l'ethnopôle Garae dans la Maison des Mémoires partageait son temps entre Paris et Carcassonne où il demeurait. Jean-Pierre Piniès, directeur du Garae, cite deux mots pour résumer cet homme de passion : "Générosité et bonté". Malgré les voyages et ses multiples fonctions, il gardera toujours une place à part pour la Méditerranée de son enfance et sera à jamais influencé par René Nelli.

Passé les études d'anthropologues, il s'attaque à l'étude la tradition orale dans les Pyrénées audoises. L'occasion de mettre en valeur les contes avant de s'intéresser aussi au carnaval ou aux méandres de la création, de l'art primitif à celui des enfants ou des fous. On retient son merveilleux livre "La Fête en Languedoc" illustré des photos de Charles Camberoque.

Elu en 1989 directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, chaire d'Anthropologie de l'Europe, il fondait en 1978, avec un autre grand, l'archéologue Jean Guilaine, le Centre d'Anthropologie des Sociétés Rurales devenu ensuite le Centre d'Anthropologie de Toulouse. Depuis 1999, il enseignait l'anthropologie des religions à l'Université de Rome Tor Vergata.

La cérémonie religieuse aura lieu à la basilique Saint-Nazaire à la Cité de Carcassonne demain à 10 h. La suite de la cérémonie se poursuivre au crématorium de Trèbes à 11 h 30. 

Journal l'Indépendant
Edition du 26 janvier 2016

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Ouvrages consultables à la bibliothèque de l'Académie des arts et des sciences de Carcassonne.

21/02/2012

Ces femmes et ces hommes qui ont aimé l'Aude : la chronique biographique de Gérard Jean.

Chronique n° 23.jpg

Paul Albarel
Médecin, poète, historien, conteur en langue d'Oc
Fondateur de La Cigale Narbonnaise.

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Paul Albarel, Dictionnaire encyclopédique de l'Aude, Gérard Jean.

Un garçon nous est né dans la nuit répète en patois Jean Albarel, entre les tractions qu’il exerce sur le soufflet de la forge et les coups de marteaux qu’il applique au cerclage vicieux d’une roue de tombereau. Albarel est charron dans le petit village de Saint-André-de-Roquelongue, situé au milieu d’un vignoble luxuriant, au pied des collines où viennent mourir les Corbières-Orientales. Ce samedi, comme chaque fin de semaine, en hiver surtout, la besogne ne manque pas ; mais il travaille aujourd’hui heureux Albarel depuis tôt ce matin, au milieu d’essieux brisés et de rayons tordus, entouré d’hommes qui parlent et se chauffent.
Pour un peu il oublierait les formalités de déclaration de cet enfant qu’il attend depuis douze ans, depuis qu’il s’est installé dans ce village dont la population dépasse à peine cinq cents habitants, après son mariage avec Alexandrine Albert, le 15 novembre 1861. La cloche de l’église Saint-André sonne l’heure de midi lorsque enfin Jean Albarel se précipite chez François Bayle, suivi de l’instituteur public, pour dire au maire de la commune que Paul, son fils, est né le vendredi 12 décembre 1873, à onze heures du soir dans sa maison d’habitation. Après une si longue attente, Albertine son épouse vient de le combler en mettant au monde le plus brillant des félibres du pays narbonnais.
Paul s’exprimera comme les gens d’ici, comme Frédéric Mistral, en langue d’Oc. Son père le désire car il pense que les gens honnêtes et les personnes de bien se font comprendre de la sorte ; mais il souhaite aussi qu’il devienne savant autant que bon chrétien, ce qu’il fut. Après les classes d’enfance il l’envoie donc à Narbonne, au petit Séminaire qui deviendra le collège Beauséjour, où des professeurs de grand mérite lui dispensent un enseignement sérieux. Après l’obtention du baccalauréat, Paul Albarel s’inscrit à la faculté de Médecine de Montpellier, soutient une thèse sur la Pathologie du Rachitisme et devient médecin très jeune à l’âge de vingt-deux ans.
C’est en préfecture, à Carcassonne, qu’il ouvre son premier cabinet avant de revenir bien vite dans son village natal pour soigner en milieu rural des personnes auxquelles il donne estime et affection.  Le docteur Albarel épouse Lucie Agel, le 24 octobre 1899 à Névian. Il s’installe alors dans ce bourg auquel il restera fidèle ; y connaît ses premières inspirations félibréennes publiées sous forme de poèmes en 1902 dans la Terre d’Oc ; et son amour pour les lettres occitanes s’y développe, autant que son goût pour l’histoire régionale rabelaisienne, dont il deviendra le spécialiste.
Les rimes en langue d’Oc fusent de ses lèvres quand il va sur les routes, au trot d’une jument, visiter ses malades dont il guérit l’esprit et le cœur avant de soigner le corps. Le docteur de campagne Albarel chante la nature, surtout celle de son pays. L’un des principaux recueils de poèmes qu’il lui consacre s’intitule : Les Voix de la Pinède. Cette Pinède dont il parle est une grande forêt de résineux qui s’étend en éventail à l’est de Saint-André-de-Roquelongue, son village natal. Il y est allé tout jeune, il y est revenu adolescent, il l’a parcourue, il en a senti et savouré l’harmonie. Dans « Le Murmure de la Pinède », Albarel chante le Dégel, les Giboulées, le Bourgeon, les Feuilles sèches, la Cigale, la Vigne et le vent du Cers ; dans « Le Frémissement », il célèbre l’Amour et les Fleurs ; dans « La Brise », il rappelle le Passé, le temps où vivaient Troubadours et Chevaliers ; dans « Le Souffle », il exalte sa Langue, les Félibres, et il écrit un sirventès fougueux sur Simon de Montfort.
Publié en 1903, l’Esprit tustaire est la première pièce en « vers narbonnais » écrite par Paul Albarel. Cette farce en deux actes obtient la même année une médaille d’argent aux Jeux floraux de Toulouse. Les croquis savoureux de son Vivo lou Vi ! qui vont contribuer à la réputation du grand humoriste, paraissent ensuite. Vipur, qui est le médecin du vin, Aigatiu, celui de l’eau, Barrejat, le mélangeur, et Potechut, un gros buveur, discutent tour à tour sur les bienfaits de la plus hygiénique des boissons ou sur les ravages de l’éthylisme qui n’engendre que souffrances et misère. Le docteur Aigatiu rencontre Potechut un peu gai et lui rappelle les méfaits du rouge avec un réalisme très suggestif. Sur ce, intervient le docteur Vipur qui fait l’éloge du vin généreux, ressource essentielle de notre Midi. 
Paul Albarel est élu mainteneur du Félibrige en 1904 ; dès ce moment, son œuvre prend consistance, ses écrits s’affinent et tendent au sublime ; alors sa renommée au sein des écoles mistraliennes ne fait que croître. En 1905, il est accueilli au sein de la Commission archéologique de Narbonne. Il apporte à la vénérable institution l’appui de son érudition et lui offre plusieurs communications. Certaines concernent la langue de Rabelais ou ses voyages dans notre région ; d’autres font état du grand malheur arrivé à Narbonne le 16 avril 1779, quand huit personnes victimes d’un tragique accident meurent d’asphyxie. Albarel rend compte de ses recherches sur « les armes parlantes de quelques Consuls de Narbonne » et révèle que son illustre compatriote, l’archevêque narbonnais Guy Foulques, qui deviendra le pape Clément IV, mérite l’appellation de Troubadour. Élevé au rang de maître en Gai savoir en 1911, il crée la même année avec ses amis Charles Pélissier, François Fontas et Germain Mouret , une revue artistique et littéraire qu’il appelle : La Cigale Narbonnaise, dont il anime le titre jusqu’à sa mort avec une pléiade de fidèles rédacteurs.
Au mois de mars 1911, la revue sort des presses de l’imprimerie Vinches, installée rue de l’Ancien courrier à Narbonne, tout près de la maison d’Hercule Birat. La couverture verte, au format in 8° raisin, s’orne d’un dessin du Dr Léopold Marius Pélissier. Une cigale s’accroche à un cep de vigne, devant la façade du Palais des archevêques et les tours de l’église Saint-Just. La publication, qui chante chaque mois, devient rapidement le pôle d’attraction d’une communauté bien vivante, déterminée à maintenir la langue d’Oc et par là même à diffuser son rayonnement culturel au pays de la Belle Aude.
La Grande guerre s’empare du bon docteur Albarel et l’envoie en qualité de médecin-major à Salomique. Lorsqu’il revient des Armées, il est élu majoral du Félibrige par le Consistoire de Marseille qui se prononce le 7 juillet 1918. Il devient détenteur de la cigale d’Or du naturaliste Fabre ; cette suprême récompense est aussi appelée la cigale de Carcassonne ou du Mûrier car elle fut obtenue jadis par Achille Mir, l’un des maîtres spirituels d’Albarel dans l’Aude.
Lorsque le docteur Paul Albarel s’installe à Narbonne en 1919, au cœur du vieux quartier de la Cité, dans la rue Lieutenant-colonel Deymes, au numéro 5, il fait de cette ville sa capitale ; en tout cas, celle des mainteneurs de la langue d’Oc. Sa profession médicale, exercée avec cœur et compétence ne l’empêche pas de s’adonner à ses goûts pour la littérature. Il a une admiration passionnée pour Rabelais dont, bibliophile averti, il possède une riche collection d’éditions rares. Mais c’est l’œuvre d’Achille Mir, le félibre carcassonnais, qui détermine sa vocation d’écrivain en langue d’Oc. Cette langue, Paul Albarel veut la transcrire telle qu’elle est prononcée - phonétiquement - parce qu’elle est alors plus accessible à tous, car l’occitan ne bénéficie pas encore du regain actuel ; on ne l’enseigne pas à l’école ; au contraire on l’interdit, et surtout, on le méprise.
Il commence, à l’imitation de son maître, par écrire des fables, des contes, de brefs morceaux d’une verve pleine de gaieté. Dans un registre voisin, il donne pour le théâtre de courtes farces et comédies d’un comique irrésistible qui lui assurent un grand succès auprès du public populaire. La poésie religieuse le tente également. Il compose une suite de quatorze sonnets correspondant chacun à une station du Chemin de Croix suivi par le Christ jusqu’au sommet du Golgotha. C’est son original Cami de la Croutz. Paul Albarel est avant tout un félibre. À ce titre, se rattachent ses légendes, ses fables, ses pièces de théâtre, ses poésies. Elles constituent le cœur de son anthologie. Mais le félibre est doublé d’un érudit, fortement influencé par Rabelais et profondément attaché à l’histoire de la Littérature méridionale qui paraît du mois de juillet 1926 au mois de juin 1929 dans la revue La Cigale Narbonnaise.
Président du Syndicat d’initiative de Narbonne et de la Maintenance du Languedoc à Montpellier, il honore en tant que membre les sociétés savantes locales et régionales qui bénéficient de son immense érudition, comme la Commission archéologique de Narbonne ou celle de Béziers, ou bien encore la Société d’études scientifiques de l’Aude à Carcassonne. Patriote, méridional, l’historien Paul Albarel se reporte sans cesse à la croisade des Albigeois qui lui semble être la plus grande calamité qui se soit abattue sur la terre d’Oc.
La mort vient le surprendre, le lundi 15 juillet 1929 dans une clinique de Montpellier où il avait subi une intervention chirurgicale. Après la cérémonie religieuse qui eut lieu le surlendemain dans la petite église de Névian, un long cortège se forma pour se rendre au cimetière du village. Le docteur Albarel travaillait à une série de longs poèmes sur des sujets légendaires ou historiques du pays narbonnais. Plusieurs avaient déjà paru, et certains, comme Pireno, laissaient prévoir un intéressant Roman narbonnais.
Le dimanche 28 avril 1974, une rue de Narbonne fut dédiée au majoral du Félibrige, grand mainteneur en langue d’Oc ; et dans cette ville, sur l’ombre portée du grand monument d’Ernest Ferroul, le buste en bronze du poète Paul Albarel, œuvre du sculpteur René Iché, érigé hier en signe d’amitié et d’affectueuse reconnaissance, regarde aujourd’hui la médiathèque sur l’esplanade André Malraux. 

Albarel - Bronze - Narbonne.jpgBronze érigé à Narbonne, Dictionnaire encyclopédique de l'Aude, Gérard Jean.